Les barrages français cèdent face aux intérêts privés

Le gouvernement lâche tout ?

Le gouvernement a annoncé sa volonté de privatiser 150 barrages hydroélectriques en France, en dépit de leur caractère hautement stratégique. Il répond ainsi à la volonté de la Commission qui s’était juré de faire chuter ce monopole d’État contraire au dogme de la concurrence libre et non faussée.

Vous avez aimé les Aéroports de Paris, les autoroutes et Engie, vous allez adorer ce nouvel épisode de la grande série de privatisations, pour le moins étonnantes, menée par le gouvernement français. Cette annonce fait suite à près de dix ans de pression de la part de la Commission européenne pour démanteler la gestion publique de l’énergie hydro-électrique.

Il faut dire que Bruxelles enrage contre la position ultra-dominante d’EDF qui, en sa qualité d’acteur public de l’énergie, détient et gère 85% du parc hydraulique français, soit près de 2300 barrages en France. Des années que la Commission aimerait voir tomber ce monopole d’État aux allures insupportables de vestige socio-marxiste en plein cœur de l’Europe de marché.

Puisqu’il était impossible d’exiger la privatisation des centrales nucléaires, relevant des activités d’importances vitales de la nation, la Commission s’est donc reportée sur la deuxième source française de production d’énergie, à savoir les barrages.

Or, justement, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer ce projet de privatisation, arguant du caractère également stratégique des barrages hydrauliques. Il faut dire que le réseau hydroélectrique français, en parallèle du réseau nucléaire, a été construit au lendemain de la guerre pour bâtir l’indépendance énergétique de la France et reste, aujourd’hui encore, un élément fondamental dans l’équilibre du mix français.

Ainsi, cette énergie est la seule à être véritablement propre et renouvelable. Elle est aussi mobilisable à tout instant pour s’adapter aux évolutions de la consommation d’énergie. Ainsi, rien de plus simple pour réguler la production d’électricité que d’ouvrir ou de fermer les vannes d’un barrage. Se défaire de leur gestion serait donc renoncer à cette capacité de lissage de la production électrique en cas de pic ou de pénurie.

On peut ainsi se demander ce que feraient des acteurs privés s’ils venaient à détenir et à contrôler de telles infrastructures. D’autant que l’électricité produite par les centrales hydroélectriques est aujourd’hui la moins chère de France : 20 à 30 €/MWh contre 35 à 46 pour le nucléaire. Or, comme le relève le média en ligne Le vent se lève, « un opérateur privé pourrait facilement maintenir les vannes du barrage fermées et attendre qu’un pic de consommation fasse frôler la pénurie d’électricité pour faire monter les prix. Sur le plan juridique, rien ne les en empêcherait ».

Pour se donner une idée du type de chantage financier que peuvent exercer des acteurs privés dans de telles conditions, il suffit de se rappeler l’épisode qui avait opposé General Electric à EDF il y a quelques années. Après  avoir racheté Alstom énergie en 2016, l’entreprise américaine avait organisé une grève de maintenance pour obtenir d’EDF des conditions de gestion plus avantageuses. Après une centaine d’incidents, la direction d’EDF avait fini céder et donner gain de cause aux Américains.

On ose à peine imaginer le pouvoir que donnerait le contrôle de ces infrastructures, quand on sait que les barrages hydrauliques servent aussi de réserve d’eau pour refroidir les centrales nucléaires…

Au-delà de ces aspects économiques et stratégiques, les barrages remplissent également un certain nombre de fonctions utiles pour la société. Ils servent ainsi de base de loisirs, comme sur le lac de Serre-Ponçon, de réserve d’eau potable pour les villes ou de retenue d’eau pour l’agriculture. On peut néanmoins se demander si un opérateur privé serait aussi enclin à libérer de l’eau gratuitement pour satisfaire aux besoins de la communauté sans contrepartie.

Que Bruxelles pousse à la privatisation du secteur hydro-électrique n’est guère étonnant : elle est dans son rôle d’aiguillon des politiques néolibérales et de héraut des vertus de la concurrence, prétendument libre et non faussée.

Ce qui pose plutôt question, c’est l’empressement du gouvernement à satisfaire à cette exigence de Bruxelles. Incompréhensible a priori tant elle semble aller contre l’intérêt général… A moins qu’il ne s’agisse d’un énième cadeau sans contrepartie de la communauté aux intérêts privés.

https://www.franceculture.fr/emissions/les-nou

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«Privatiser les barrages est une folie à très, très hauts risques !! »

La privatisation des barrages hydroélectriques en France envisagée par le gouvernement français, demandé par l’Union Européenne, est potentiellement une folie à très, très hauts risques, dont peu perçoivent le danger très important que cela pourrait faire peser sur la population française.
Même la très « fascisante » chaîne France Culture de Radio France en parle… c’est dire.
Niveau complotisme nous sommes sur du lourd.
Du très lourd !!
Revue rapide des risques qui sont totalement occultés, dans un débat qui n’a pas lieu !

1/ Les risques de rupture de barrages
C’est rare, mais cela arrive.
Comment l’opérateur privé sera assuré ?
Comment les victimes seraient indemnisées ?
Mais encore, avant même de parler des morts, si nous parlions de la sécurité ?
Ne sera-t-elle pas sacrifiée au profit des profits ?
Il est évident que le cadre contractuel ne peut pas être « amateur »… a minima, quand on privatise ce genre de chose, les règles imposées, et les systèmes de contrôle doivent être à la hauteur.
Quand on ne débat pas, et qu’il n’y a pas de transparence, on peut redouter que le pire devienne possible.
Mais… ce n’est pas tout.

2/ Les barrages…. utilisent de l’eau pour produire de l’électricité…. jusque là aucun scoop !
Sauf, que, l’hiver on retient l’eau, pour faire des lâchers de barrages l’été et alimenter les fleuves en eau.
On régule le débit. Basiquement et pour simplifier, le prix du kilowatt heure sur le marché est nettement plus haut l’hiver quand tout le monde a froid que l’été…
En tant qu’opérateur privé j’ai évidemment intérêt à produire au maximum pendant les mois où c’est le plus rentable… et tant pis si les poissons meurent l’été le kilowatt vaut moins cher… résultat prévisible ?
Une mauvaise gestion des ressources en eau car contraire aux intérêts de production de l’opérateur privé.
Mais… ce n’est pas tout.

3/ Si ce n’était qu’un problème de sous et de petits poissons (mais c’est important les petits poissons aussi), mais il ne faut pas oublier que le long de nos fleuves, il y a nos centrales nucléaires qui ont besoin d’eau, de beaucoup d’eau pour refroidir les cœurs de réacteurs, et qu’ils ne nous explosent pas tous à la figure et refroidissant ainsi au passage l’ensemble de la population française.
Une mauvaise gestion de l’eau de nos barrages, cela peut aussi, dans un cas extrême faire… péter les centrales nucléaires !
Là encore, un débat public, à minima s’impose, avec contrôle de la représentation nationale et mise en place de garde-fou très précis pour se prémunir de ces risques.
Mais… ce n’est pas tout.

4/ Justement, les centrales nucléaires
Je ne vais pas trop rentrer dans les détails pour des raisons évidentes de sécurité, mais disons que pour alimenter les centrales nucléaires il faut aussi de l’énergie pour refroidir les cœurs… sinon, c’est Fukushima, ce qui est toujours un tantinet gênant de devoir s’occuper de 6 réacteurs nucléaires en fusion. Les Japonais, qui sont forts sympathiques, envoient leur prisonniers ainsi que les enfants « abandonnés » faire le ménage et servir de « liquidateurs ».
Au Japon, prisonniers comme enfants abandonnés (devenus adultes) n’ont pas franchement les mêmes droits dans la société.
Je me demande encore qui sera volontaire d’office en France pour aller se faire griller dans un réacteur en fusion…
Bref, en cas de problème, il y a les groupes électrogènes diesel de secours, qui peuvent ne pas fonctionner comme nous l’avons vu à Fukushima.
Depuis, EDF a créé une task-force de déploiement rapide avec capacité à projeter des générateurs de secours de secours… tout cela ne vaut que dans la théorie, les situations réelles, relevant généralement de l’article 22, bien connu de tous les ouvriers et des gens d’en bas à savoir « démerdez-vous » !
Disons, qu’au bout du bout, dans la chaîne de survie de notre système électrique, les barrages hydroélectriques sont un peu l’ultime rempart, « l’ultima ratio », le dernier recours quand tout a largement merdé, ce qui n’est qu’une question de temps, car tout finit toujours généralement par merder. C’est la célèbre loi de Murphy…
« Tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera mal ».
Les barrages servent d’alimentation de secours et peuvent permettre un redémarrage du système.
C’est un peu l’équivalent de la clef USB qui va vous permettre de rebouter votre PC qui vient de vous faire une « fatale error »…
D’autre part il faut également pouvoir renvoyer de la tension sur les réseaux.
Bref, quelques-uns parmi notre petite communauté de lecteurs, anciens d’EDF ou de la sécurité nucléaire, ne sont pas très chaud face à cette privatisation des barrages et pas parce qu’ils sont des communistes primaires… pas plus qu’ils ne font partie de l’ultra-drôate… mais parce qu’ils connaissent bien les manuels, les problèmes de sécurité et la criticité autour de ces sujets.
Au delà donc, du simple aspect prix, il y a d’évidentes questions que nous devons collectivement nous poser sur cette « idée » assez ahurissante de la privatisation de nos barrages, dont il est tout de même plus que normal d’interroger la pertinence!
Les aspects sécuritaires doivent tenir une place clef dans le choix et les décisions de nos dirigeants.
C’est encore une fois, à la représentation nationale, à nos députés, et à nos sénateurs de se poser les bonnes questions, de prévoir les bons contrôles, et pourquoi pas même de s’opposer à une telle privatisation dont il n’est pas déraisonnable d’évoquer l’idée qu’elle pourrait être en totale opposition avec nos intérêts stratégiques.
Il s’agit-là de vraies questions.
Il s’agit-là de vrais sujets.

Nul doute que l’on nous expliquera qu’il n’y a pas de danger, que ceux qui disent que c’est potentiellement explosif font des « fake news », fin du sujet, fin de l’histoire, ne répondons pas aux questions qui fâchent!
Ha si, on vous dira doctement que ce n’est rien, on ne va privatiser que 150 barrages (les plus gros et les rentables pour les copains du privé) sur 2500 (les plus petits et les plus onéreux pour les vilains gilets jaunes sans-dents qui ne sont rien et qui paieront la note) et que donc encore fois, « fake news », « complotisme » machin toussa en terminant par un classique la « complosphère », « fasciste » d’estrême droate des « zeureslesplussombres »…. soit !
Mais cela n’empêchera pas les centrales nucléaires de péter s’il n’y a pas assez d’eau pour les refroidir, ou encore les fleuves de s’assécher l’été si on lâche trop d’eau l’hiver pour faire plus bénéfices quand le prix de kilowatt heure est élevé.
Il en va de la sécurité de notre pays et de notre alimentation énergétique, des intérêts très largement supérieurs aux bénéfices de quelques petits copains !

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu.
Préparez-vous !

https://insolentiae.com/privatiser-les-barrages-es