La soif inextinguible du numérique

L’arcep vient de publier la troisième édition de son enquête annuelle « pour un numérique soutenable ».

Vous trouverez ci-dessous le chapitre qui concerne l’eau prélevée par les datas centers, essentiellement de l’eau potable.  Mais ce n’est pas le seul impact sur l’eau. La consommation énergétique des opérateurs de centres de données continue de progresser nettement, à un rythme d’environ 10 % par an ; or l’eau est prélevée massivement pour la production d’électricité (hydraulique, nucléaire). L’industrie des composants est également une consommatrice importante d’eau. 

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1.4         Eau prélevée par les centres de données

Le fonctionnement des équipements informatiques des centres de données entraîne la libération de chaleur rendant leur refroidissement nécessaire. Plusieurs techniques de refroidissement existent et sont plus ou moins énergivores (par exemple, refroidissement par air, par production de froid, évaporatif, liquide). Les opérateurs de centres de données peuvent notamment avoir recours à des techniques utilisant des ressources en eau. Ainsi, afin de disposer d’une évaluation complète de l’impact environnemental des centres de données, il est essentiel de tenir compte de leur impact sur la ressource en eau. Cette prise en compte est d’autant plus importante que les enjeux de réduction des prélèvements en eau et d’efficacité énergétique peuvent parfois se confronter : les techniques utilisant de l’eau peuvent être plus efficaces énergétiquement que celles qui en consomment peu ou qui n’en consomment pas (par exemple, le free cooling adiabatique, qui utilise l’évaporation de l’eau pour rafraîchir l’air, permet généralement d’améliorer l’efficacité énergétique par rapport au free cooling direct, en particulier dans les climats chauds. Mais il entraîne une consommation d’eau plus élevée).

Le dernier rapport de France Stratégie consacré à la demande en eau à horizon 2050, illustre l’importance croissante de cette question dans un contexte où la disponibilité de la ressource est de plus en plus limitée par les aménagements humains et le changement climatique. Il prévoit que les prélèvements seront davantage concentrés sur les mois les plus chauds de l’année, quand la ressource en eau est au plus bas dans les nappes alluviales et les rivières. Or, la quantité d’eau prélevée pour le refroidissement des centres de données dépend fortement des conditions météorologiques, et c’est précisément durant ces périodes de chaleur, lorsque l’eau devient une ressource critique, que les besoins en eau des centres de données sont les plus importants. Le suivi d’indicateurs liés au prélèvement de l’eau par les centres de données constitue donc un enjeu important.

La quasi-totalité du volume d’eau prélevé par les centres de données en 2024 est de l’eau potable. Le volume d’eau prélevé par les centres de données s’établit à 575 000 m3 en 2024. Après deux années de hausse en 2022 (+ 17 %) et 2023 (+16%), dont une hausse exceptionnelle en 2023 liée à des facteurs externes à l’activité de centres de données, tels que des travaux d’aménagement de sites anciens, le volume d’eau prélevé par les centres de données diminue en 2024 (- 15 %) et retrouve un niveau similaire à celui observé en 2022.

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A quoi correspond l’eau prélevée directement par les opérateurs de centres de données ?

L’eau prélevée directement par les centres de données est utilisée principalement pour :

–        l’activité de centre de données, par exemple, pour le refroidissement des centres de données, le traitement de l’air (humidification), le rechargement des circuits fermés ou le nettoyage et l’arrosage des équipements techniques ;

–        les activités tertiaires, par exemple pour les sanitaires des employés ou les restaurants d’entreprise.

Une partie de l’eau prélevée est ensuite rejetée généralement dans le réseau public d’eaux usées ou le réseau d’eaux pluviales.

L’eau prélevée est mesurée en m3.

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Au volume d’eau prélevé directement par les centres de données s’ajoute le volume d’eau consommé indirectement, c’est-à-dire le volume d’eau utilisé pour la production de l’électricité nécessaire à leur activité. Ce dernier dépend du mix énergétique français (par exemple, un peu plus de 2 litres d’eau pour 1 kWh d’origine nucléaire). Le volume d’eau prélevé directement par les centres de données (575 000 m3 en 2024) est faible au regard du volume d’eau consommé indirectement par les centres de données. En 2024, le volume total d’eau prélevé ou consommé par les centres de données (direct + indirect associé à la consommation d’électricité) progresse d’environ 8 % malgré la baisse du volume total d’eau prélevé par les centres de données en 2024 en raison de la hausse significative de la consommation totale d’électricité des centres de données en 2024, il est estimé à près de 6,5 millions de m3, soit la consommation annuelle moyenne d’eau en France de plus de 100 000 personnes.

Si le volume d’eau prélevé par les centres de données étudiés demeure faible au regard des volumes prélevés pour d’autres usages (à titre de comparaison, il représente environ 0,02% du volume d’eau douce prélevé pour les usages principalement agricoles en 2021), le guide publié en 2025 par la Direction générale des Entreprises pour accompagner l’implantation des centres de données en France rappelle que la gestion de l’eau et les pressions exercées sur la ressource hydrique constituent néanmoins des éléments à examiner lors de l’implantation d’un centre. Il souligne en particulier que le choix du système de refroidissement doit faire l’objet d’une attention particulière au regard de la situation hydrique du territoire d’implantation. Ainsi, dans les zones régulièrement soumises à un stress hydrique, il est recommandé de privilégier des systèmes de refroidissement peu consommateurs d’eau, plutôt que des systèmes reposant sur des tours aéroréfrigérantes ou sur le refroidissement adiabatique. Parmi l’ensemble des centres de données étudiés, près de 20 % disposent, au sein de leurs systèmes de refroidissement, de systèmes consommateurs d’eau (adiabatiques ou évaporatifs), et ces technologies continuent d’être mises en œuvre, puisque parmi les centres mis en service depuis moins de quatre ans, un quart utilise de l’eau pour au moins un de leurs systèmes de refroidissement.

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Que signifient les prélèvements d’eau et quels sont leurs effets ?

Les prélèvements d’eau comprennent à la fois l’eau qui est réellement consommée, c’est-à-dire celle qui n’est pas rendue aux milieux naturels, et l’eau qui est restituée aux milieux aquatiques après usage. Il est parfois admis, à tort, que ces prélèvements n’ont pas d’impact dès lors que l’eau est restituée.

En réalité, tout prélèvement d’eau peut avoir des conséquences sur les milieux aquatiques et sur les usages situés en aval, y compris lorsque l’eau est restituée. Ces impacts peuvent être de différentes natures :

L’eau restituée peut être polluée, notamment par la présence de matière organique ou de polluantshimiques issus des activités industrielles, domestiques ou agricoles.

Elle peut aussi être réchauffée. C’est notamment le cas lorsque l’eau est utilisée dans des systèmes de refroidissement industriels ou énergétiques. Une eau plus chaude peut perturber le fonctionnement des écosystèmes et limiter certains usages en aval.

Par ailleurs, l’eau prélevée n’est pas toujours rendue au même endroit que celui où elle a été prélevée, ce qui peut modifier l’équilibre des milieux naturels.

Enfin, la restitution de l’eau peut être différée dans le temps : elle peut avoir lieu presque immédiatement, ou au contraire plusieurs mois plus tard, par exemple dans le cas de la neige ou des retenues d’eau.