Un article de Jacques LANCIER sur son blog chez mediapart
L’intéressant discours d’A.G. Sulzberger, le président du New-York Times, au congrès mondial de la presse à Marseille, détaille comment l’IA pille le journalisme. Bernie Sanders le sénateur démocrate a présenté, toujours dans le NYT, son projet de loi, également très intéressant, pour que le public récupère « la moitié » de la valeur de l’IA. Aucun des deux ne pousse la réflexion assez loin.
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Tous les deux prennent acte très justement du bouleversement majeur que constitue le déploiement de l’IA. L’IA met à la disposition de chacun les connaissances de tous. Au-delà de la révolution technologique et industrielle en cours, comparable à celle de l’électricité, l’eau courante, les chemins de fer, la voiture ou le téléphone … L’IA provoque une accélération exponentielle des connaissances humaines qui aura des conséquences majeures qui elles-mêmes exigeront des modifications profondes des sociétés humaines.
Dans son intervention traduite par la revue le Grand Continent : ici. le président du NYT détaille comment l’équilibre fragile qu’avait établi la presse avec les moteurs de données : accès au contenu des journaux en échange d’un accroissement de l’audience, est rompu par les outils d’IA qui ne renvoient même plus aux sources. Ce qui fait perdre à la presse une grande part de la publicité qui la fait vivre. Sulzberger détaille justement de façon très précise en quoi et comment les patrons de l’IA pillent le travail journalistique pourtant indispensable à la justesse et à la pertinence de l’IA. Il note que « Le talent, la puissance de calcul, l’énergie et les données sont (les quatre) éléments essentiels au succès de l’IA et, par conséquent, au succès des géants de la tech. »
Mais, il considère que les « données » sont fournies uniquement par les journalistes. Bien qu’il s’en défende, sa défense face aux patrons de la tech est alors très corporatiste. Il défend comme il dit « les professions créatives ». Or au-delà des talents des scientifiques, ingénieurs, managers de l’IA, au-delà même des ouvriers et employés nécessaires pour mettre en œuvre ces talents comme pour construire les data centers et produire l’énergie nécessaire à leur fonctionnement, tous participent « aux donées ». Pas uniquement les journalistes ! Non seulement parce que les données personnelles de chacun sont utilisées par l’IA, (y compris sous forme concaténées dans différents bases, l’INSEE etc.) mais parce que chaque travailleur, par son activité, par la validation ou au contraire par la rectification d’un plan d’architecte, d’un projet d’ingénieur qui « ne colle pas » avec la réalité, participe à l’apprentissage des outils de l’IA, à leur acuité, à leur pertinence à l’élimination des « hallucinations » erronées. Il s’agit d’une œuvre collective dont l’appropriation privée n’a aucune justification, ni morale ni juridique. S’il est vrai que le travail des journalistes est pillé car non rémunéré par l’IA, cela est vrai à chaque étape de la constitution des monopoles d’IA. De la construction du datacenter où l’ouvrier du bâtiment ne reçoit qu’une fraction de la valeur qu’il produit, jusqu’au forçat du clic qui valide les résultats de l’IA.
Bernie Sanders, le sénateur démocrate, est plus conscient de l’ampleur du problème et prévoit de présenter un projet de loi pour créer un fond souverain bénéficiant à terme de la moitié de la valeur générée par l’IA. Mais le titre même de son article : L’IA est un bien public, vous devriez en posséder la moitié. Est gros d’une contradiction : pourquoi si l’IA est bien un « bien public » le public ne devrait en posséder que « la moitié » ? De plus pourquoi un fond souverain nord-américain alors que l’IA pille la terre entière ? Le problème que pose le développement de l’IA c’est la répartition de la valeur produite par toutes les forces productives en œuvre, et l’incapacité d’en prévoir une répartition juste, non seulement pour les journalistes mais pour tous les travailleurs. Ce que pose et va poser de manière croissante le déploiement de l’IA c’est la mise en commun de cette valeur : le communisme. Il apparait déjà concrètement dans des mesures préconisées par les patrons mêmes de l’IA, Musk, Altman, Amodeï etc. : l’établissement d’un salaire universel sera nécessaire pour compenser la remise en cause par l’IA d’un grand nombre de métiers.
La nécessité du communisme est renforcée par l’autre grande question qui agite le monde de l’IA : celle de l’émergence de l’IA Générale, l’IA qui échapperait au contrôle des humains et dont on a des prémisses dans les agents autonomes comme dans les armes autonomes. Comment laisser toutes ces questions aux mains, et dépendantes de la santé physique et mentale d’une poignée d’oligarques ?
Bien sur une fois l’horizon de la solution posée : le communisme, la question est de comment faire pour que ce communisme dépasse ses échecs précédents, et intègre avec l’IA les principes démocratiques qui ont accompagné le développement capitaliste…
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Commentaire envoyé à Jacques LANCIER
Je ne vais pas détailler mais je suis en opposition totale avec ton analyse.
Pourquoi ?
Parce que l’IA est un danger pour l’humanité, pour le monde animal, pour la nature.
Parce que l’IA sert à faire la guerre :
https://dacgi.r.sp1-brevo.net/mk/mr/sh/SMJz09SDr
Parce que l’IA est un instrument pour formater les gens, pour surveiller la population, pour entretenir la répression si on n’est pas dans le bon moule …
Parce que l’IA ne fera que remplacer l’Homme par la machine.
Parce que l’IA nécessite beaucoup d’électricité et beaucoup d’eau ; ce qui a pour conséquence de produire beaucoup d’électricité (d’où la multiplications d’éoliennes INDUSTRIELLES, notamment dans ma région, les HdF ; d’où l’envie de construire des EPR, ce qui aboutira à des sites comme Bure) ; ce qui a pour conséquence d’utiliser beaucoup d’eau, au détriment de pays qui seront en état de stress hydrique … Puisque tu sais très bien que l’on fait passer l’intérêt des entreprises (ou start-up, puisqu’il n’y a plus que ce mot à la bouche) avant celui des citoyens.
Tout cet ensemble sert ce nouveau capitalisme et ne pourra pas être converti par une société que tu veux communiste car cet ensemble électronumérique est utile pour cet ultracapitalisme qui se développe à la vitesse grand V et ne peut pas être converti pour servir une autre forme de société.
Tu devrais suivre ce que fait Alexandre Basquin, sénateur, communiste comme toi : il est dans le vrai. Enfin un élu parmi trop peu qui ose dire !
Je pourrais développer, notamment en parlant de l’exploitation du Congo pour l’extraction de minerais indispensables pour l’IA – et aussi les data centers, et les téléphones portables – et de pays d’Afrique et d’Asie qui utilisent notamment des enfants et des femmes (quitte à les violer) pour le soi-disant recyclage de cette société essentiellement consommatrice.
Il est donc indispensable de décroître dans ce monde qui se croit infini en ressources. On est en train de bousiller la planète avec ces pratiques extractivistes. Il faudrait laisser la possibilité aux habitants de cette planète de choisir entre la numérisation à outrance et le bien vivre. J’essaie de choisir la deuxième option sans passer obligatoirement par cette pensée qui se voudrait unique et nous pousse à être technolâtre.
Ce n’est qu’un résumé de ce que je pense et que nous essayons de faire passer dans des associations ou collectifs anti IA.
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Commentaire reçu suite à la lecture de l’article de J LANCIER
Je ne vais pas détailler beaucoup plus, mais je suis en opposition totale avec ton analyse.
Enfin, avec votre analyse, car je ne vous connais pas et ne suis pas votre « camarade » mais je ne suis pas, non plus, votre ennemie de prime abord.
Les communistes semblent toujours persuadés que, bien gérées, confiées à la « puissance publique », même le pire pourra sauver l’humanité.
Sauf que là, avec l’IA on atteint le sommet, l’apothéose de la technologie qui n’a qu’une issue : la destruction du vivant.
Il faut stopper tout et faire marche arrière à toute vitesse.
On ne pactise pas avec le diable.
X
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Réponse de J Lancier
Je comprends tes arguments mais constate aussi que pratiquement tous s’appliquent aussi aux chemins de fer ou à l électricité… minéraux, faire la guerre etc. Tous les développements humains ont leurs mauvaises utilisations. Plus sérieusement je suis d accord avec toi aussi pour ne pas promouvoir la croissance pour la croissance et qu il faudra décroître dans certains secteurs. Mais toute decouverte humaine est a prendre en compte en la developpant dans le bon sens. Justement pour cela il nous faut une société communiste, prenant en compte l ensemble des intérêts de l espèce humaine, les dangers ne sont pas dans l’outil qui amène aussi des plus, la santé etc. Mais bien dans son usage, ce en quoi je suis d accord avec Suzerberg et Sanders.
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Réponse à la réponse
Le problème de fond n’est pas là du tout : il est question de mort de l’Humanité, du monde animal et de la nature.
On ne peut pas transiger. Il faut revenir à des pratiques humaines d’avant… même si on va se faire traiter de réac. L’important est de construire une société humaine, collective, sans se faire dominer par la science et la technologie.
Tu fais allusion aux chemins de fer, à l’électricité … c’est effectivement le début de l’industrialisation, le début du capitalisme qui ne fera que produire de plus en plus de nuisances sous différentes formes, le début de l’exploitation à outrance des humains et de la nature. C’est ce qu’expliquait Arthur Firstenberg dans son livre génial : L’arc-en-ciel invisible – histoire de l’électricité et de la vie
Il écrivait : « La seule chose que nous puissions vraiment faire pour la Terre est d’arrêter de la détruire. La Terre prendra alors soin d’elle-même. Au lieu d’essayer de réparer toute la planète, occupons-nous de nos propres vies simples ».
Il est décédé en 2025. Il aurait été utile pour analyser l’IA … mais d’autres le font.
Par ailleurs, tu as reçu un retour de X, fille d’une grand militant communiste. Je partage totalement son point de vue.
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Réponse de J Lancier
Dans les sociétés pré capitalistes les humains mouraient par millions dans des famines ou des pandémies, l esperance de vie était de 30 ans… Le capitalisme a été positif pour l’espèce humaine même si aujourd’hui il bute sur une impasse et qu il faut le dépasser…
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Commentaire reçu
Le problème de fond n’est pas là du tout : il est question de mort de l’Humanité, du monde animal et de la nature. Il n’y a rien d’autre à rajouter.
C’est d’ailleurs ce que mon Papa n’a jamais voulu comprendre.
Et je crains que la majeur partie des dirigeants communistes ne le comprennent pas non plus.
Mais toute decouverte humaine est a prendre en compte en la developpant dans le bon sens.
Avec le capitalisme, la seule chose qui compte c’est le FRIC. Il n’y a pas de développement dans le bon sens. C’est un leurre odieux et meurtrier.
Bien sûr, on peut aussi se dire : l’humanité disparaitra bon débarras …. Mais bon c’est dommage, il y a tant de belles choses à faire avec la nature et le vivant.
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Autre commentaire
Ce « communiste » n’a RIEN compris de la mutation du capitalisme à l’ère du tout-électronumérique et de son nouveau mode de productivisme dévastateur de TOUT. Conscience politique de ce type = zéro absolu. Et combien comme lui ?
Ce nouveau capitalisme est impérialiste, guerrier et néo-colonial pour alimenter ses chères machines. Il entremêle civil et militaire à l’image de la frénésie satellitaire des grandes puissances qui vont définitivement bousiller ce qu’il reste de notre ciel étoilé. Il est aussi bien américain, chinois, russe, israélien, turc, iranien, panarabe etc. Il avance un peu partout en grand carnage, à grands coups de vol et de viols.
Toutes les guerres actuelles sous prétexte patriotique ont pour moteur la prédation des ressources et l’envahissement de territoires. Et ils sont tous très forts dans leur propagande pour justifier leur curée de ressources matérielles. Mais combien à vouloir le comprendre ?
Nous sommes au bord du déclenchement d’une 3ème guerre mondiale. Et nous ne devons pas tomber dans le panneau du Great western-eastern. On ne décernera pas la Palme d’or du plus cynique et de plus manipulateur. Ce sont TOUS des charognards de l’espèce humaine, de la nature, de la biodiversité et de notre planète.
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Romaric Godin parle du « capitalocène » pour qualifier la période dans laquelle nous sommes :
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcast
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Intéressant l’échange entre Jacques et X :
J : Ce système malgré toutes les insuffisances qu’à juste titre vous lui voyez, a permis à plus d’humains de vivre, de vivre plus longtemps et en meilleure santé.
X : pour tendre vers quel but pensez vous ? Quand les américains nous ont aidé après la guerre en nous fournissant du matériel pour notre agriculture, pensez vous que c’était uniquement pour sauver notre agriculture ou pour vendre leur matériel et nous en rendre dépendants en détruisant les savoirs ancestraux, dégâts collatéraux ??
Quand Big Pharma nous vend des médocs, pensez vous que ce soit par simple philanhtropie ?
Et si leurs médocs peuvent un temps guérir, attention les effets secondaires à long terme.
J : Revenir en arrière: un, est illusoire, deux, se base sur une vue fantasmée et optimisée du passé.
X : Non la vie dans le passé n’a jamais été toute rose. Je pense que l’homme est pire qu’un loup envers l’homme.
J : La solution est donc de promouvoir des solutions communes pour améliorer les choses. Le communisme (quoi d’autre?) est au moins une tentative de le faire. On vit dans un monde tel que l’histoire l’a fait. Visiblement vous utilisez les mails, un pc, peut être une voiture…
X : Tout à fait, je ne vis pas comme une AMISH loin de là, mais j’ai sans doute tort et je risque des problèmes de santé et de conscience.
J’ai commencé comme tout le monde parce que c’était pratique et puis après ben j’avais plus le choix ou presque puisque c’était devenu le passage obligé pour de nombreuses démarches.
J : pourquoi refuser à priori un développement si riche de potentialités que l’IA?… bien sur gérée, contrôlée, dominée par la communauté et non entre quelques mains.
X : Parce que ça, ce n’est juste pas possible. Ceux qui développent l’IA ne le font pas pour le bien-être de l’humanité. L’humain, ils s’en tapent, ils s’en servent tant qu’ils en ont besoin et ensuite, poubelle comme un vieux kleenex.
Lisez l’essai d’A. Basquin. Il est simple, rapide à lire et très très instructif, documenté et sourcé.
Je vous conseille aussi de Gounelle
https://www.livredepoche.com/livre/un-monde-
c’est demain ….
J : Ce d’autant plus que la question n’est déjà plus est ce qu’on l’utilise ou non: c’est fait partout, dans tous les domaines, le nier c’est de choisir de vivre sans électricité. C’est possible bien sur marginalement, mais ce n’est pas une solution pour l’humanité.
X : Tout dépend ce qu’on veut vivre !? La nature nous survivra toujours, heureusement.
Je ne crois pas que l’humanité survivra à la numérisation. Ceux qui survivront ne seront plus vraiment des humains.
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« Vous rendez vous compte que tout ce que vous dites concernant l IA a été dit pour l électricité, le chemin de fer, la voiture »
Oui je sais puisque c’est ce que je pense.
Par contre, je ne dis pas que c’est la fin du monde, le monde nous survivra … mais la fin d’un monde où l’humain avait sa place.
https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-r
L’IA et plus généralement la numérisation de la société contribue à la fermeture des services publics, à la présence de l’humain.
Ils rendent les gens addicts et bientôt incapables d’analyser par eux mêmes.
Je les utilise sans trop de problème effectivement, les EHS n’ont pas cette chance.
Eux que ces technologies enferment dans une prison sans barreau.
Mais en parlant de communisme et sans nier ses valeurs, pourriez vous me citer un continent, un pays dans lequel il aura rendu les gens heureux ?
Et puis je crois que nous allons en rester là car nous sommes engagés dans un dialogue de sourd qui ne peut que nous faire perdre notre temps et notre énergie.
L’avenir nous départagera et si vous pouviez avoir raison, j’en serai très heureuse pour le vivant.
X
