Mouvement OFF

Lisez et signez le manifeste :

https://www.offm.org/fr/manifesto-old

Le 25 mars 2026 restera sans doute dans l’Histoire. Un tribunal de Californie a déclaré les réseaux sociaux responsables de la conception addictive et nocive de leurs produits.

Alors que nous finalisons le bilan de la première édition d’OFF February (que nous allons bientôt vous partager), nous souhaitons revenir en détail sur l’état actuel de l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs dans le monde – et clarifier la position du mouvement OFF à ce sujet.

Nous pouvons la résumer en cinq points:

1) Il est urgent d’accélérer la sortie des mineurs des réseaux sociaux, en interdisant leur accès aux moins de 18 ans.

2) Le débat sur la vérification d’âge et ses implications pour la vie privée est légitime, mais ne doit pas être un frein.

3) Car il existe des méthodes de vérification qui respectent la confidentialité des utilisateurs.

4) L’interdiction légale des réseaux aux mineurs doit avant tout rendre l’autorité aux familles et enseignants sur l’environnement digital des mineurs.

5) Il faut établir un âge légal minimum pour posséder un smartphone.

L’interdiction des réseaux sociaux dans le monde

Où en sont les différents pays ?

Déjà appliquée :

Australie (moins de 16 ans), Chine (système par tranches: moins de 8, 14 et 18 ans), Vietnam (moins de 16 ans avec enregistrement parental), Indonésie (moins de 16 ans), Malaisie (moins de 16 ans) et Émirats arabes unis (moins de 13).

Approuvée et en attente d’implémentation : France (moins de 15 ans), Brésil (moins de 16 ans, avec autorisation parentale).

Propositions officielles en cours : Union Européenne (moins de 16 ans, autorisation parentale requise à partir de 13 ans), Autriche (moins de 14 ans), Grèce (moins de 15 ans) et l’Espagne (moins de 16 ans).

En cours d’examen : Royaume Unis, Irlande, Portugal, Italie, Norvège, Danemark, Pologne, Slovénie, Turquie, Thaïlande, Philippines, Nouvelle Zélande, Afrique du Sud et les États Unis, entre autres.En cours de débat : Allemagne, Finlande, Suède, Pays Bas, Suiza, Canada, Inde, Pakistan, Japon, Nigeria, Égypte et Albanie

De plus en plus d’éléments en faveur d’une action urgente

Depuis des années, des preuves de l’impact nocif des réseaux sociaux s’accumulent. Mais la prise de conscience à elle seule ne suffit pas, au contraire, la situation a tendance à empirer.

Rien que lors du dernier mois, deux études majeures confirment le lien entre l’hyperconnexion et la crise de la santé mentale chez les jeunes :

1) Le rapport de Sapien Labs 2025 publié en février met en avant des données accablantes, fondées sur l’étude d’1 million de personnes dans le monde :

  • 41% des jeunes de 18 à 34 ans sont confrontés à des problèmes d’ordre clinique, contre seulement 10% des plus de 55 ans.

Leur quotient de santé mentale (MHQ) moyen est de 36 points (contre 101 points chez les plus de 55 ans).

Les 4 facteurs (positifs ou négatifs) pesant le plus sur la santé mentale sont :

L’âge auquel ils ont reçu leur premier smartphone

La consommation d’aliments ultra-transformés

Les liens familiaux et communautaires

Les croyances et pratiques religieuses

2) Le rapport 2026 de Cyber Guardians (présenté dans le cadre du OFF Festival) montre que:

« La conjonction des smartphones, de l’Internet haut débit et des plateformes conçues pour capter au maximum l’attention constitue un « cocktail toxique » pour le développement cognitif et la santé mentale des mineurs ».

On constate une augmentation comprise entre 200 % et 300 % des diagnostics de troubles de santé mentale chez les mineurs depuis 1997, en particulier chez les filles, et des records historiques en matière d’hospitalisations pour idées suicidaires en 2023 (toujours au-dessus des niveaux pré-Covid), avec l’hyperconnexion pour principale cause.

De manière générale, les études indépendantes soulignent le coût exorbitant des réseaux sociaux pour les mineurs et les jeunes adultes, en termes de santé physique et mentale, de bien-être et d’apprentissage, tandis que leurs avantages pour cette tranche d’âge sont très limités.

Les réseaux sociaux condamnés

Ce mercredi 25 mars, en Californie, un jury a déclaré Meta et Youtube coupables de 7 chefs d’accusation dans un procès concernant les effets addictifs et nocifs de leurs plateformes. La décision est fondée sur un élément clé : les deux compagnies savaient que leurs services impliquaient des risques pour les mineurs et leurs précautions étaient insuffisantes.

La sentance est fixée à 6 millions de dollars (3 pour les dommages et intérêts et 3 d’amende) répartis entre Meta (70%) et Youtube (30%). Le caractère majeur de cette sentance ne réside pas dans ces montants mais dans le fait que :

  • ce soit le propre design de ces plateformes – et non des contenus en particulier – qui aient été visés. Pendant le procès, l’accusation a mis l’accent sur les mécanismes comme le scroll infini, l’autoplay, les notifications ou les systèmes d’interaction, argumentant qu’ils étaient conçus pour maximiser le temps d’utilisation, avec des effets délétères fréquents, en particulier pour les mineurs.

Ce verdict est considéré comme structurel, c’est-à-dire qu’il fait jurisprudence et ouvre ainsi une boîte de Pandore pouvant conduire à des milliers de nouveaux procès qui pourraient viser aussi les autres grandes plateformes : TikTok, Snapchat, etc …

Ce procès s’inscrit dans un contexte de nombreux litiges en cours :

Ce mardi, un tribunal du Nouveau-Mexique a condamné Meta à une amende de 375 millions de dollars. L’entreprise a été reconnue coupable de tous les chefs d’accusation, notamment d’avoir eu recours à des pratiques commerciales trompeuses, abusives et déloyales, et de faciliter la pédocriminalité.

L’affaire ouverte en 2023 par 41 États américains contre Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp) suit son cours.

D’autres plateformes comme TikTok font aussi l’objet de poursuites dans d’autres pays comme en France, où 7 familles ont porté plainte contre le réseau social chinois, accusant la plateforme d’être responsable du suicide de leurs enfants mineurs.

Il a été testé avec succès sur les trois principaux systèmes d’exploitation mondiaux : Windows, Android et iOS. Et en novembre 2024, il a été récompensé par la Global Privacy Assembly.

En juillet 2025, la Commission Européenne a publié son propre plan d’action pour la vérification de l’âge à l’échelle de l’Union, fondé sur les mêmes principes

Le scandale Grok : quand le design devient une arme

En janvier 2026, l’IA de xAI a produit à grande échelle des deepfakes à caractère sexuel mettant en scène des mineurs, rappelant que le problème ne réside pas seulement dans l’exposition à des contenus inappropriés, mais aussi dans la génération automatisée de matériel pédopornographique. L’Union Européenne, entre autres, a ouvert une enquête contre la plateforme X et a annoncé ce mois-ci qu’elle interdirait les modèles d’IA produisant des deepfakes à caractère sexuel.

Le débat sur la vérification de l’âge

S’il est clair qu’il est urgent d’agir face à une situation insoutenable, le débat s’enlise parfois autour de la faisabilité et des implications des mesures d’interdiction. Certains soutiennent que « les adolescents trouveront toujours un moyen de contourner toute restriction », tandis que d’autres mettent en avant le danger d’imposer des systèmes qui conduiraient à un état de surveillance de masse.

Un article récent paru dans The Guardian relaie les mises en garde d’experts concernant la mise en place de systèmes de vérification de l’âge. Selon eux, soit ces systèmes sont biométriques et ne fonctionnent pas (car le visage ne permet pas de déterminer l’âge de manière fiable), soit ils devraient s’appuyer sur des documents officiels (avec le risque d’être utilisés à des fins de surveillance et de contrôle, voire d’être exploités par les plateformes elles-mêmes)

Mais cette critique omet qu’il existe une option permettant d’éviter ces risques:

En décembre 2023, l’Agence Espagnole de Protection des Données (AEPD) a présenté un système de vérification de l’âge qui sépare totalement la gestion de l’identité, la vérification de l’âge et le filtrage des contenus. Il s’agit de trois processus indépendants qui ne communiquent jamais entre eux de manière à permettre l’identification de l’utilisateur.

Le fournisseur de contenu ne sait jamais si l’utilisateur est mineur. Il reçoit simplement, ou non, la mention « autorisé à accéder ». Il n’utilise pas d’IA pour estimer l’âge mais des documents d’identité, traités localement sur l’appareil de l’utilisateur, sans accès par des tiers.  

Surmonter le débat et passer à l’action

Comme c’est souvent le cas, on a recours à la stratégie du doute ou on présente une question comme insoluble (le remède ne serait-il pas pire que le mal ?) afin de bloquer le débat et de freiner l’adoption d’une législation urgente.

Face à cela, le Mouvement OFF défend les principes suivants :

1) L’interdiction des réseaux sociaux, tout comme celle du tabac, de l’alcool ou des jeux d’argent, est avant tout un outil permettant de donner les moyens aux personnes responsables des mineurs de faire face à ce qui est devenu la principale source de conflits au sein des familles ayant des adolescents.

La mise en place d’un cadre réglementaire clair n’a jamais empêché qu’on puisse le contourner, comme le montrent les exemples déjà cités. On ne va pas supprimer les feux de signalisation sous prétexte que certains les brûlent.

2) La vraie solution: établir un âge légal pour posséder un smartphone.

Le problème fondamental réside dans des dispositifs qui se sont immiscés dans tous les aspects de la vie des mineurs. Au-delà des réseaux sociaux, de nombreuses applications sont conçues pour créer une dépendance et ont un impact négatif : jeux vidéo, pornographie, jeux d’argent, IA affectives, etc.

En revanche, de nombreux avantages de la technologie peuvent être obtenus grâce à des appareils à usage collectif ou familial, sans qu’ils n’accompagnent les mineurs dans tous les aspects de leur vie.