Le grand délire de l’IA

 Ce qui ne sera jamais financé

Vous avez vu ce raout en Inde ? Encore un sommet mondial achevé vendredi 27 février. Sur l’IA. En 2026, Amazon investira 200 milliards de dollars. Essentiellement dans l’IA. Alphabet – Google n’est en qu’une filiale -, 185 milliards. Meta – Facebook – 135. Microsoft ; 105. Du jamais vu, mais il faut dire que le cash est là.

La France n’est pas en reste, mais, chez nous, il y a un petit souci : on n’a pas assez de blé pour financer de tels projets. Alors on fait la manche, ce qui donne une idée exacte de la France éternelle, celle qu’on appelait jadis de Dunkerque à Tamanrasset. Ces gens n’ont qu’une idée en tête, et pas une autre : il ne faut pas être largué par le neuf.
En février 2025 se tient à Paris un autre pompeux somment sur l’IA ; Macron, l’homme des deals et des banques d’affaires, y annonce un plan d’investissement de 109 milliards d’euros/, introuvables dans les bas de laine de Bernard Arnault, patron dont la fortune personnelle est pourtant évaluée à 181 milliards d’euros.

Après des négociations qu’on espère fructueuses de part et d’autre, les Emirats Arabes Unies (EAU) annoncent qu’ils placeront entre 30 et 50 milliards d’euros dans le plan français. Et dans ces émirats, Dubaï le glorieux. Comme Cuba était le bordel des Américains dans les années 50 du siècle passé, Dubaï est devenu celui des Européens. Des milliers de prostituées venues du monde entier y « travaillent », beaucoup de simples esclaves.

Par ailleurs, de nombreux trafiquants sont installés à Dubaï. Plus de la moitié de ceux recherchés en France y habitent des villas de grand luxe et au vu de tous. Il est d’ailleurs plaisant d’admirer les coups de menton ici – mobilisations nationale et prisons ultrasécurisées de Gérald Darmain – et les étroites relations économiques et financières avec ceux qui protègent les barons de la drogue.

Reprenons le fil. Ce qui est investi quelque part ne peut pas l’être ailleurs. L’hôpital public, n’en parlons même pas . Mais la santé, ce n’est pas seulement l’hosto. Selon une étude officielle de 2011, aussi incroyable qu’authentique, une réelle dépollution des eaux de surface et côtières coûterait chez nous 54 milliards d’euros par an, qui ne seront jamais mobilisés. Et 522 milliards si l’on tentait la même chose avec l’eau contenue dans les nappes souterraines. L’eau dont il faut rappeler que notre pauvre cerveau en contient 80%. Une étude toute récente de la commission européenne estime que la seule pollution par les seuls PFAS – « les polluants éternels » – pourrait coûter à l’Union jusqu’à 1 700 milliards d’euros d’ici 2050.

On pourrait étendre la liste jusqu’au ciel, car il y reste de la place. Encore deux points minuscules. D’abord une étude montre l’ état de délabrement des ponts en France. Selon les sources, il y en aurait entre 25 000 et 40 000 dans un très mauvais état, et ne pas les entretenir en temps voulu coûtera à l’arrivée neuf fois plus. Bah, pas grave, ça fera du travail pour les amis du BTP, qui ont tant besoin de chantiers.

Ensuite l’inaction pèse sur l’état des routes, des aéroports des réseaux d’énergie et d’eau. Le dérèglement climatique – dont les inondations à répétition, les sècheresses et la chaleur fissurent partout, déforment les rails – empêche parfois le fonctionnement des centrales nucléaires. Un avis tout du conseil économique, social et environnemental (Cese) compilant des données disponibles évalue la note entre 1,5 et 4,5 milliards supplémentaires chaque année. Qui ne seront pas investis car l’IA commande.

Reste, devrait demeurer une petite question ? Qui a décidé ? Qui a voulu cette énième révolution des vies humaines ? Où et quand cela a-t-il été discuté ? D’accord pour des débats insignifiants sur les réformes « sociétales », ces tartes à la crème de l’impuissance. Mais pas sur l’IA. On s’écharpe des mois sur quelques milliards du budget, et nul ne se lève pour demander où est passée la démocratie. Chez Amazon ?

F. Nicolino ; Charlie Hebdo