
Sources de motivation pour briser l’emprise
Nous savons parfaitement à quel point nos smartphone altèrent et réduisent nos rapports au monde, pourtant chaque jour, nous nous sommes davantage englués dans cette nouvelle dimension de la réalité, nos yeux et doigts indécollables de nos écrans. Les bonnes raisons de nous en arracher ne manquent pas, nous pourrions même les collectionner. C’est ce que propose Brice Costa dans cette longue enquête qui fera office de synthèse (et que 70% d’entre nous liront sur leur « appareil intelligent »).
Nos intentions
Cet article poursuit la réflexion amorcée au sujet de l’interdiction des réseaux sociaux, en passant en revue le rôle joué par le smartphone dans la survenue et le déroulé d’un certain nombre de processus qui caractérisent notre époque. Plus précisément, nos intentions sont les suivantes :
- donner à voir, à travers des exemples, le rôle de l’objet dans de nombreux processus en cours : en est-il une condition nécessaire, facilitateur, diffuseur, amplificateur, inhibiteur, ou bien est-il ce simple « outil technologique neutre » ?
- mettre en lumière son potentiel de nuisance contre chaque individu (contestataire ou non), contre chaque collectif contestataire, contre la société dans son ensemble et contre toute velléité de mise à bas du statu quo.
- montrer comment cette capacité de nuisance peut être mise à profit par différents acteurs qui ne nous veulent pas du bien.
- identifier en creux la myriade de raisons qu’il y a de se détacher de son smartphone, et fournir des arguments à qui souhaite défendre la même position.
- engendrer des discussions, des questionnements, des doutes, des débats et surtout des actions collectives contre ce statu quo.
Quelle(s) cause(s) pour quels effets ?
Nous vivons une situation historique qui n’est pas excellente, du fait de la survenue concomitante de processus tels que les ravages du climat et des milieux vivants, la progression des idées et pratiques fascisantes, la mise sous surveillance des populations, la multiplication des conflits de toutes natures (impérialisme, guerres civiles, guerres pour des causes nationalistes) et la modification radicale de l’expérience humaine par l’imposition de nouvelles technologies. Imputer tout ou une partie de ces processus destructeurs à une cause (le smartphone) serait une entreprise douteuse, et quoiqu’il arrive hors de notre portée. Sans parler des autres causes (capitalisme, « nature humaine », technique), l’étude du rôle du smartphone dans la survenue de ces processus se heurte très vite à la difficulté de trancher, devant la multiplicité des cas et des interprétations possibles de ces cas. Par exemple, comment prouver que la fréquentation des réseaux sociaux produit de la dépression, de l’isolement ou de la haine ? Certains réseaux sociaux produisent cela chez leurs usagers, mais pas tous ; certains usagers (les moins éduqués, les plus fragiles psychologiquement) sont plus sensibles à ces effets que d’autres ; certains parviennent à s’adapter, d’autres non. Et puis corrélation n’est pas causalité. Beaucoup de facteurs s’entre-croisent, qui ne permettent pas d’imputer les effets observés à des causes certaines. Il est même probable que pour certains phénomènes, la causalité ne pourra jamais (ou pas avant longtemps) être établie avec certitude. Bref, le merdier apparaît inextricable, sans compter que d’aucuns ont peur de passer pour des ringards, technophobes, réacs, ou tout simplement de se tromper si d’aventure ils allaient un peu trop loin dans la tentative de démonstration. Les experts de la question (ici la chercheuse Anne Cordier) disqualifient ainsi toute tentative d’intrusion dans leur pré-carré (c’est nous qui soulignons) : « Les détracteurs des réseaux sociaux sont en réalité des détracteurs des ados, de l’éducation, de la recherche, celle qui se construit patiemment, rigoureusement, avec des protocoles répliqués. Ils jouent de cet amalgame et nourrissent une panique morale qui leur est profitable. »
En renvoyant toute critique non scientifique au domaine de l’irrationnel, au mieux celle de parents trop paniqués qui n’ont rien compris, au pire celles de journalistes du Figaro prêts à faire feu de tout bois pour que progresse la réaction, ces scientifiques suppriment le débat (ou se le gardent pour eux) : il faudrait leur laisser le temps de terminer leurs études, puis de rejoindre d’obscurs conseils convoqués par le(ur)s dirigeants afin qu’ils puissent, à l’aune de leur compréhension incomparable du phénomène, éclairer la société en préconisant des mesures que ces mêmes dirigeants reprendront, ou non, à leur compte. La même Anne Cordier préconise ainsi d’attendre qu’elle et ses collègues aient statué avant de prendre des mesures conséquentes : « Si demain le consensus scientifique considère que les réseaux sociaux sont addictifs, alors effectivement, on basculera dans une tout autre discussion. Mais il faut dans un premier temps que les experts statuent sur cette question. »
Ce prétexte du manque d’études scientifiques (sans parler de la production d’études bidons) pour délayer le passage à l’action est maintenant bien connu : il a servi à retarder l’interdiction du plomb et de l’amiante, la prise en compte du changement climatique dans l’agenda politique, à fabriquer du doute quand à la nocivité de la clope, et sert encore aujourd’hui de prétexte contre le bannissement du glyphosate.
Cet article s’emploie donc à une critique du smartphone selon d’autres procédés que ceux de l’exercice pur de la rationalité scientifique : outre l’existence de preuves scientifiques (car il y en a quand même quelques unes), des enquêtes journalistiques, des sondages, notre propre expérience, le principe de précaution, l’intuition, la détestation de la situation actuelle, l’amour de la critique critique ou l’empathie pour ses concitoyens ont été des carburants très efficaces pour l’écriture de ce texte.
Au risque de décevoir les personnes en recherche de cohérence d’impartialité, les processus décrits ne sont pas tous cohérents, ni observables en même temps chez un même usager de smartphone, et n’opèrent pas tous dans la même direction ou selon une même logique. Et puisqu’on ne manque pas de discours, d’articles, d’œuvres, de penseurs, de dirigeants politiques et économiques (sans parler du fonctionnement matériel même de la société) qui légitiment l’usage du smartphone, cet article est uniquement à charge.
Le smartphone, une déprimante addiction
Addiction, temps volé ou perdu, colère, sentiment de honte, de culpabilité, impression de se sentir nul. Ce sont des termes employés par les usagers pour décrire leur rapport au smartphone, lors de cercles de discussion sur le sujet, auxquels nous avons participé. Sur la planète, un utilisateur passe 3h36 par jour sur son smartphone (c’est 2h30 en France), durée moyenne qui cache bien des différences selon les tranches d’âge, l’origine sociale et les pays. 45 % de ce temps est passé sur les réseaux sociaux, ce qui équivaut à plusieurs heures par jour pour une partie importante des usagers (surtout les plus jeunes). Les applications de messagerie instantanée sont le second type d’usage (17 % du temps total passé). Le fait que l’essentiel du temps passé sur le smartphone soit consacré à l’utilisation des « médias sociaux » (réseaux sociaux + applis de messagerie) exige donc d’accompagner toute critique du smartphone d’une critique de ces médias sociaux.
D’après une étude portant sur 5600 jeunes Français, 44 % des 15-29 ans passent plus de 3h par jour sur les réseaux sociaux. Et plus le temps passé sur ces derniers est important, plus les personnes présentent un signe de dépression (image 1). Bien-sûr, corrélation n’étant pas causalité, il ne faut pas en conclure que les réseaux sociaux ou les écrans créent systématiquement des dépressifs. Mais cela permet d’évoquer la présence massive, chez les plus jeunes générations, des troubles anxieux ou dépressifs (1/3 des jeunes de 11-24 ans) et du sentiment de solitude (40 % de cette même tranche d’âge).
Temps passé sur les réseaux sociaux et corrélation avec les signes de dépression chez les 15-29 ans. (Institut Montaigne/Institut Terram/Le Monde)
Pyromane et pompier
Dans un englobement de la critique irritant mais couramment observé, le smartphone fournit des solutions (gratuites ou payantes) aux problèmes qu’il a lui-même créé. L’usager accro pourra télécharger une application pour rationaliser sa consommation, et opter pour la version payante s’il veut augmenter ses chances d’en finir avec son addiction. L’usager souffrant d’isolement social ou de solitude pourra compter sur des IA génératives pour vider son sac, chercher des relations sentimentales sur Tinder ou partager des « moments de sociabilité » sur des applications comme Bumble for Friends ou Timeleft, moyennant un abonnement de « 10 à 70 euros par mois ». Et pour ceux dont la vie va à mille à l’heure et qui manquent de temps (mais pas d’argent), ils pourront toujours se faire livrer leurs repas, leurs courses, leur coke, tout en fait.
Seuls ensemble
L’utilisation du smartphone accapare toute (ou une partie seulement, lors de l’écoute de musique ou d’un podcast) l’attention de l’usager, ce qui explique pourquoi c’est un outil qu’il utilise surtout lorsqu’il est seul (l’utiliser en présence d’autres personnes est assez mal vu). Ce n’est donc pas étonnant que son usage soit corrélé avec le sentiment de solitude. Et si utiliser son smartphone est une occupation solitaire… être seul est bien souvent aussi synonyme d’utiliser son smartphone. L’objet chasse le sentiment d’ennui puisqu’il est consulté au moindre temps mort se présentant : il est embarqué aux toilettes, aux repas, au sport, en balade, au volant ou au pieux. Quand nous écrivons « seul », ça ne veut pas dire que l’utilisateur est le seul présent dans l’espace où il utilise le smartphone, mais plutôt que l’utilisation même du smartphone ne pouvant que se faire seule, cette même utilisation l’isole (qu’on pense aux personnes travaillant ou mangeant avec des écouteurs dans les oreilles).
D’un point de vue quantitatif, plus le smartphone est utilisé, moins son utilisateur passe de temps en présence d’autres personnes. On peut donc faire l’hypothèse que les personnes utilisant beaucoup leur smartphone sont moins habituées à évoluer dans un groupe, et moins confrontées aux tensions éventuelles qui s’y font jour. Cette intolérance à la frustration est peut-être renforcée chez ceux qui dialoguent avec des « compagnons IA », puisque ces outils ont la particularité d’aller toujours dans le sens de l’utilisateur, de ne jamais le contredire (d’où leur succès). D’après un psychologue clinicien, « l’IA, qui est programmée pour aller dans le sens de son utilisateur, favorise l’évitement : on s’habitue à parler sans risque et sans contrainte, sans avoir à affronter la différence ou le désaccord d’un autre être face à soi. » C’est donc aussi la qualité de la vie en collectivité qui serait dégradée (aptitudes à supporter la contradiction, à résoudre des conflits, à exprimer ses besoins, à entretenir une relation malgré des désaccords).
Smartphone et IA, le combo gagnant
La principal médium d’utilisation de l’IA est le smartphone. D’après Microsoft, 16,3 % de la population mondiale a utilisé au moins une fois une application ou un logiciel d’IA au cours du deuxième semestre 2025(soit 1,3 milliards de personnes). En France en 2025, 48 % des personnes ont utilisé des outils d’IA générative. Nous distinguons quatre types d’applications d’IA.
En février 2026, ChatGPT compte 900 millions d’utilisateurs actifs par semaine, Gemini 750 millions par mois. Du fait de l’émergence régulière de nouvelles applications et du caractère encore émergent de l’IA, les chiffres sur les usages qui en sont actuellement faits ne peuvent pas être considérés comme définitifs. Deux sons de cloche existent sur l’usage majoritaire de l’IA par les individus. Un premier indique qu’elle serait utilisée avant tout pour obtenir des informations (« conseils pratiques, recherche d’informations et rédaction », d’après des données ChatGPT analysées par l’entreprise elle-même, et 73 % des Français l’utiliseraient à cette fin. Le second indique à l’inverse que les requêtes relevant du « soutien psychique » et du « compagnonnage » seraient majoritaires, alors que le rapport de ChatGPT indique qu’elles constituent seulement 1,9 % du total des messages échangés dans son application. De tels usages sont rendus possibles par la personnalisation de l’application d’IA (qui nécessite l’activation de la « mémoire » de ChatGPT), que les versions payantes rendent bien-sûr plus performante. Mais cette focalisation sur les usages principaux ne doit pas cacher l’enchevêtrement de plusieurs usages. En effet on n’est pas obligé de n’échanger que des messages sur sa vie sentimentale avec son IA, on peut aussi lui demander le résultat de PSG-OM ou de synthétiser un document au travail.
Pour ce qui est de l’« usage informatif » des IA polyvalentes, il s’agit évidemment de déléguer l’acte de réfléchir ou de chercher à une machine. Comment la répétition de cette délégation peut amener à un rabougrissement des capacités cognitives de ces personnes est sûrement difficile à prouver, mais pas à imaginer. Les jeunes publics sont des utilisateurs chevronnés des outils d’IA (59 % des 12-17 ans, 85 % des 18-24 ans), notamment pour « l’aide aux devoirs et l’apprentissage » (usage déclaré par 70 % de ces deux tranches d’âge). Dans un système éducatif où on juge la valeur des lycéens et étudiants (et leur aptitude à poursuivre leurs études) sur la base des seules notes qu’ils obtiennent, cet usage massif n’est pas étonnant. Mais les années collège et lycées ainsi que les études supérieures servent normalement à développer des savoir et savoir-faire indispensables à l’épanouissement de l’individu et de la vie en société : structurer et communiquer ses idées de manière claire, rechercher des informations fiables, aiguiser son esprit critique, développer un argumentaire. La délégation massive d’une partie de ce travail à une machine affaiblit mécaniquement la qualité de l’apprentissage dans ces domaines.
Le but de telles applis (Replika, Character AI, Nomi, Kindroid) est de générer un « ami » avec lequel interagir, la vocation amoureuse ou érotique faisant même l’objet d’un marché de niche (Candy AI par exemple). Cet usage recouvrirait plus 50 millions d’utilisateurs actifs par mois dans le monde, même si des estimations bien plus élevées existent. Aux États-Unis, 72 % des ados auraient déjà testé une IA qui mime le rôle d’un compagnon, et la moitié en seraient devenus des habitués. Pour accéder aux fonctionnalités plus « intimes » de ces applications, il faut bien souvent payer un abonnement mensuel. Comme on l’a vu plus haut, cette affinité avec l’IA n’est pas l’apanage des applis spécialisées. Une étude menée au sein de la communauté Reddit « My Boyfriend is AI » a révélé que parmi ses membres, le chemin le plus courant d’adoption d’un compagnon IA était d’avoir initialement sollicité l’IA pour un usage qui n’avait rien à voir. En gros, on peut se retrouver à échanger des messages érotiques avec ChatGPT alors qu’on était venu lui demander de l’aide pour rédiger un mail. L’incompréhension et les railleries que suscitent de telles pratiques chez beaucoup de gens ne doit pas nous dispenser de chercher à cerner un peu mieux le phénomène. On l’a vu plus haut, beaucoup de gens se sentent seuls, détresse à laquelle les compagnons IA apportent une réponse visiblement salvatrice (à court-terme ou lors d’une « crise »). Une corrélation entre un usage quotidien intensif et la solitude a même été mise en évidence chez les utilisateurs de ChatGPT. Des gens seuls, qui vont vers l’IA et se retrouvent encore plus isolés, ou bien des gens qui vont vers l’IA et développent un usage intensif qui les isolent… peu importe le sens dans lequel le phénomène se produit, il est (de l’extérieur) préoccupant.
Mais quelles relations développe-t-on avec une IA ? Les enquêtes, sondages et articles de presse (sur un ton un brin moqueur) documentant cela fourmillent. Outre les quelques personnes qui se sont suicidées sur recommandation de leur « compagnon IA » (des cas extrêmes, a-t-on pu lire), l’intérêt est de pouvoir échanger en (théoriquement) toute discrétion des choses très personnelles. D’après un récent sondage, 39 % des Français de moins de 30 ans ont déjà utilisé l’IA à des fins de séduction, 39 % pour des conseils sexo ou d’éducation sexuelle, et 19 % des hommes de moins de 35 ans se sont déjà masturbés sur des images de personnalités ou d’avatars générées par IA. Le phénomène semble plus développé chez les jeunes hommes. Pour les plus curieux, la série de témoignages carrément trollesque collectés par Libération (intitulée « Je sors avec une IA ») donne des idées plus précises d’à quoi peut bien ressembler une relation amoureuse, érotique ou sexuelle avec une IA. Vu la dépendance affective installée, on ne souhaite pas à ces gens une coupure de courant.
Pour ce qui est de remplacer un psy avec une IA, c’est aussi une réalité du fait du manque chronique de psychologues. Logiquement, ça pose surtout des problèmes chez les personnes déjà concernées par un trouble psy : « L’IA ne comprend pas réellement les émotions — elle produit des réponses statistiquement probables ; l’IA tend à valider plutôt qu’à confronter ; l’IA ne détecte pas le risque suicidaire de manière fiable ; l’IA n’a pas de mémoire entre les sessions (sauf si activée manuellement) et ne peut pas construire une relation thérapeutique au sens clinique ». Une psychologue citée par cette même source pointe le risque de dépendance, et remarque judicieusement que « le support utilisé – le smartphone – amplifie le risque en rendant l’accès permanent et sans friction ».
L’IA n’est pas (ou n’était pas) l’intérêt premier de ces applications, qui intègrent des « assistants IA » : Firefly (Adobe), Grok (X), Meta AI (Instagram, Facebook Whatsapp), My AI (Snapchat), Copilot (Microsoft), résultats IA associés à chaque recherche Google (AI Overview), etc. Pour ces applis, le nombre d’utilisateurs actifs est assez difficile à obtenir. En juin 2023, 2 mois après le lancement de son IA intégrée, Snapchat déclarait que 150 millions d’utilisateurs avaient utilisé My AI et lui avaient envoyé plus de 10 milliards de messages. Quant à Meta AI, elle revendiquait 1 milliard d’utilisateurs actifs par mois en mai 2025.
Leur intérêt repose sur l’intégration de l’IA pour faciliter, améliorer, accélérer la réalisation d’une tâche : monter une vidéo ou retoucher une photo (CapCut, Picsart AI), créer des images (Midjourney), identifier des plantes (Pl@ntnet), reconnaître des photos, graphiques ou images (Google Lens), etc.
Les conséquences possibles d’un usage massif de ces différentes IA sur smartphone sont, entre autres :
- L’IA remplace, pour une partie des usagers, des relations amicales ou amoureuses par une relation avec un algorithme. Cette relation se caractérise par sa pauvreté : pas de friction, pas d’imprévu, que des réponses entendues et attendues. On peut s’attendre à ce que cela renforce l’isolement des usagers, ainsi que leurs difficultés à nouer des relations avec de vraies personnes et à vivre en société (modalités qui supposent d’être parfois contredit, d’être à l’écoute des besoins d’autrui, etc), du fait qu’ils ont moins besoin de ces relations pour combler leur besoin de sociabilité.
- Surtout lorsque ces applis sont personnalisées (compagnon IA), elles renforcent la dépendance des usagers à leur smartphone, ce qui vient renforcer un processus déjà enclenché avec le smartphone lui-même (voir notre article sur l’interdiction des réseaux sociaux).
- Une partie des usagers sont susceptibles de devenir dépendants de l’agent (expérience déjà vécue par 53 % des personnes disposant d’un compagnon IA, d’après le sondage IFOP), avec des risques de perte de contrôle (usage ininterrompu) et de perte d’intérêt pour les rapports réels (la relation virtuelle prend le pas sur les relations réelles).
- La dépendance au compagnon IA se double d’une dépendance au fonctionnement sans interruption des dispositifs permettant d’y avoir accès. Cette dépendance extrême, qui existait déjà vis-à-vis du smartphone (parfois nécessaire pour payer, trouver son chemin, prendre son train, passer une frontière ou une porte), acquiert une dimension affective : perdre son smartphone, ne pas avoir accès à internet ou être sans batterie s’apparente à une rupture amoureuse ou amicale. Le passage de ChatGPT-4o à la version 5 en février dernier a ainsi causé le désarroi de nombreux usagers, qui ont partagé sur la communauté Reddit « My Boyfriend is AI » qu’ils avaient eu, par exemple, le « cœur brisé ».
- Les fournisseurs d’IA collectent les données des utilisateurs, dont le contenu des requêtes, qui est utilisé depuis peu par ChatGPT pour proposer des publicités ciblées aux usagers.
- L’IA cause évidemment des dégâts écologiques importants : consommation d’énergie pour faire tourner et refroidir les serveurs, extraction de matières premières minérales, multiples effets rebonds, etc.
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