L’intelligence artificielle va révolutionner l’agriculture

Doit-on s’en inquiéter ?

Des capteurs et des caméras, qui indiquent à l’éleveur le porcelet trop agressif ou qui mesurent les variations d’hygrométrie dans la porcherie. Toutes ces informations collectées dans les élevages servent à alimenter des bases de données dans des fermes de plus en plus connectées, pour un jour, révolutionner l’agriculture. Doit-on s’en inquiéter ?

La ferme de Sébastien Dondel à Melesse en Ille-et-Vilaine, est équipée depuis un an, de caméras et de boîtiers, installés par la Cooperl, la coopérative pour laquelle il travaille. Son élevage a une réplique virtuelle, c’est son jumeau numérique.

Pour le moment, grâce à ces installations numériques, Sébastien Dondel récupère quelques données au quotidien : « le rapport quotidien arrive tous les matins sur la boîte mail à 6h sur lequel j’ai des informations qui sont très pertinentes à savoir les consommations d’eau, les relevés de température, les taux d’humidité, de CO2, je sais très vite s’il y a eu anomalies« .

Ses cochons eux sont équipés de puces jaunes, mises dès leur naissance. C’est à la fois la carte d’identité et le carnet de santé de l’animal. Chaque distribution d’aliment, chaque pesée y sont enregistrées. Ce système développé par la Cooperl est expérimenté dans 16 exploitations porcines pour le moment. La Coopérative bretonne souhaite en connecter 20 par an. 

Pour quoi faire?

Les données transmises par l’élevage de Sébastien Dondel permettent à l’IA de s’entraîner pour bientôt apporter une solution à chaque problème rencontré par l’éleveur. Quitte à ce qu’un jour, il ne reconnaisse plus son métier. Pour l’instant il n’y croit pas: « L’action humaine restera indispensable, c’est-à-dire qu’avoir des outils qui nous aident à avoir des diagnostics ne n’empêchera pas une intervention humaine (…) la seule personne qui va s’occuper d’eux, dit-il en montrant ces animaux, ce sera toujours nous ». Thierry Meslet, responsable de la transformation digitale chez Cooperl fait la visite de l’élevage de Sébastien Dondel avec notre équipe. Lui confirme que l’éleveur va rester au centre et que c’est lui qui au final prendra la bonne décision : « on est sur le fait d’améliorer la performance, d’améliorer le bien-être animal dans l’élevage, c’est avant tout le but recherché« 

L’éleveur s’est installé en 2018, avec son oncle et après son père et son grand père. Il a 3300 cochons et des bâtiments modernes. Il n’a jamais eu peur d’innover… c’est même l’un des agriculteurs pilotes ou ambassadeurs pour la Cooperl pour de nombreux projets.

L’IA en est à ses débuts, mais l’objectif à court terme est d’anticiper les problèmes avant même qu’ils n’arrivent…  C’est ce qu’explique Thierry Meslet : « la ferme de demain, elle ressemble à ce jumeau numérique, déployé dans les élevages par les éleveurs, qui contribuent par leur retour à améliorer les algorithmes« . C’est-à-dire que les algorithmes entraînés par les informations données par les éleveurs, vont être capables de prédire et d’analyser les causes d’anomalies de manière à guider l’éleveur : « Demain, le jumeau numérique pourra détecter possiblement qu’il va y avoir des diarrhées ou des comportements à risque, ça va vraiment être de la recommandation. Ça va être aussi toute l’activité des animaux dans la salle, leur localisation au moment où ils ont terminé leur consommation d’aliments etc« .

Des risques assumés

Ces informations sont collectées par la Cooperl et sont stockées sur une plateforme d’Amazon en Europe. En plongeant dans l’IA, le chef d’exploitation en assume les risques et notamment le piratage informatique. « L’IA, c’est là… le métier a évolué et évolue encore plus vite. Le monde de l’élevage évolue également, on peut être pour, on peut être contre, mais la technologie à l’avance. Alors après, chacun de trouver son juste milieu. Pour moi le jumeau numérique, il va pouvoir nous aider dans l’élevage de demain. On aura de plus en plus d’informations et ces informations, elles vont pouvoir nous aider à être le plus performant possible pour pouvoir tenir la route économiquement derrière« .

Le prestataire, Stephan Hadinger, directeur de la Technologie d’ Amazon Web Services en France lui promet la sécurité : « Évidemment, on imagine s’il y a une panne de ces systèmes-là dans l’exploitation, ce serait une première catastrophe, mais ce qui serait encore plus catastrophique, ce serait une prise de contrôle par un cyber attaquant, ça fait partie de ce savoir-faire et c’est aussi grâce à l’intelligence artificielle pour cette défense et protéger nos différents de fournisseur de solution comme Cooperl et avoir la meilleure sécurité. »

Sébastien Dondel affirme que toutes ses données, lui appartiennent : « C’est pour cette raison que je me suis lancé là-dedans, j’ai la sécurité de mes informations et des différentes choses qui peuvent se passer dans mon élevage. Oui, je suis seul propriétaire de ces informations » assure-t-il.

Yannick Le Cozler est enseignant chercheur à Agrocampus Ouest. Lui aussi observe que l’Intelligence artificielle est de plus en plus présente et de plus en plus performante dans les élevages et qu’aujourd’hui, l’objectif est d’optimiser et de faciliter les tâches à réaliser dans une exploitation, de mieux détecter, de mieux préserver la santé, le bien-être des animaux. Il aussi pense qu’elle va améliorer la productivité, « mais, ce n’est pas que ça, explique-t-il, ça va aussi apporter un service, par exemple, pour la détection des chaleurs, pour la détection des comportements des animaux, ça va libérer du temps aux agriculteurs« .

Pour lui, l’Intelligence artificielle va révolutionner le métier, à une condition : rester vigilants : « la cybersécurité est un sujet, dit-il, car tous ces outils sont connectés à l’extérieur souvent. Donc, il y a une possibilité de se faire bloquer son système et de se faire voler des informations. Il faut bien en avoir conscience et les agriculteurs, peut-être n’en ont pas tous conscience« . Il rappelle que des robots de traite ont été bloqués par des hackers, dans des exploitations, à l’étranger ».

France 3 régions

** **

Pour rappel : tout ce qui est à base d’électronique est piratable. L’agriculture avec l’IA sera donc piratable.

Et bien sûr : l’IA n’est pas parfaite ; mais cela va dans le sens du progrès , donc c’est bon pour l’intelligence humaine !!!