Les promesses électorales

Il est question de faire plus encore en terme de nombre de caméras dans les communes

Les marchands de caméras doivent s’en frotter les mains. Certes, ce n’est pas la première fois que la vidéosurveillance se retrouve au centre des débats d’une élection municipale. Elle n’avait néanmoins jamais fait l’objet d’une telle course à l’échalote. Des caméras ? « J’en installerai 1000 de plus », promet Louis Delemer, candidat LR à la mairie de Lille. « Et moi 1200 », répond Matthieu Valet, son concurrent du Rassemblement national. « Et moi 1800 », surenchérit encore la centriste Violette Spillebout.

Et il n’y a pas qu’à Lille. Où que l’on zoome, on découvre ainsi des Tartarin de la caméra. À Lyon, Jean-Michel Aulas en veut 600 supplémentaires, pour porter leur nombre à 1200. Ridicule, en comparaison de ce que propose Alexandre Dupalais, le candidat UDR-RN, qui monte jusqu’à 5000. À Toulouse, le maire Jean-Luc Moudenc (droite) en veut presque une par rue, soit 1380 de plus. À Nantes, le LR Foulques Chombart de Lauwe prévoit de tripler leur nombre. Et encore 600 caméras de plus…

On pourrait se contenter de sourire devant cette course aux gros chiffres si elle ne soulevait pas au moins deux problèmes. D’abord, l’impression laissée que la vidéosurveillance serait la solution aux questions de délinquance ou de sécurité. Or c’est loin d’être le cas. En 2020, la Cour des comptes notait ainsi : « Aucune corrélation globale n’a été révélée entre l’existence de [ces ] dispositifs et le niveau de la délinquance commise sur la voie publique ». Un an plus tard, une autre étude, menée cette fois pour la gendarmerie nationale, renchérissait : « On n’a pas identifié de différence de niveau de résolution [des crimes et délits] sur les communes équipées ou sur les communes non équipées ».

A cela s’ajoute donc un autre problème : celui du coût de telles promesses. En la matière, les chiffres avancés par la plupart des candidats s’avèrent souvent sous-estimés, voire parfois carrément fantaisistes. En croisant différentes sources, Mediacités est arrivé de son côté à celui de 25 000 euros par caméra. À ce tarif, quelques centaines de caméras en plus dans les rues, ce sont aussi quelques millions voire dizaines de millions d’euros en moins dans les caisses de la commune. Le tout pour une efficacité largement controversée. Quoi qu’on pense de la vidéosurveillance et de son impact sur les libertés publiques, cette politique mérite bien mieux qu’un concours de celui qui en promet le plus. Sauf pour les marchands de caméras, bien sûr.

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