Datacenter Microsoft dans le Haut-Rhin

Le projet reçoit trois avis favorables malgré les controverses locales

Dans le Haut-Rhin, le projet de datacenter Microsoft reçoit trois avis favorables malgré 535 contributions défavorables, notamment sur l’énergie, l’eau et les terres agricoles.

Le projet de datacenter porté par Microsoft à Petit-Landau et Hombourg a reçu des avis favorables du commissaire enquêteur, selon le rapport et les conclusions publiés sur le site de la préfecture du Haut-Rhin.

Cette position concerne l’autorisation environnementale, la modification du plan local d’urbanisme de Petit-Landau et les deux permis de construire. Une conclusion qui fait tache avec les 535 contributions défavorables qui représentaient 80 % de la consultation.

Trois bâtiments consacrés au cloud et à l’intelligence artificielle

Microsoft envisage d’implanter son centre de traitement et de stockage de données sur près de 36 hectares, principalement à Petit-Landau. Moins de 8 % de son emprise se trouverait sur le ban communal de Hombourg. Le site est situé le long de la RD52, à proximité de la zone industrielle, du Grand Canal d’Alsace et de la frontière allemande.

D’après le rapport d’enquête, cette infrastructure serait destinée au stockage, au traitement et à la distribution de données utilisées par les particuliers, les entreprises et les administrations.

Microsoft entend notamment y développer ses activités liées au cloud et à l’intelligence artificielle. Le projet doit ainsi « répondre aux besoins croissants en infrastructures numériques », indique sa présentation sur le Registre numérique.

Des aménagements particuliers

Le programme comprend trois unités indépendantes, chacune composée d’un bâtiment administratif et d’un bâtiment technique. Les trois constructions principales, hautes de 20 mètres, occuperaient environ 38 000 m² au sol. Des plateformes accueilleraient les installations de refroidissement, les groupes électrogènes et les réservoirs d’eau.

S’y ajouteraient un poste électrique, un point de contrôle, des voies internes et des stationnements.

Quelque 40 % du site seraient réservés à des espaces naturels et à des bassins paysagers d’infiltration, selon le Registre numérique. Le dossier prévoit également 17 000 m² de panneaux photovoltaïques sur les toitures et les ombrières des parkings.

Un raccordement électrique à très haute tension

L’alimentation du datacenter nécessiterait la création de deux lignes souterraines de 225 000 volts. Elles relieraient le site au futur poste électrique « Sud Alsace », que RTE doit construire pour répondre plus largement aux besoins du territoire.

Selon son emplacement et le tracé retenu, les communes de Bantzenheim, Chalampé, Hombourg et Ottmarsheim pourraient être concernées par ces équipements.

La consommation du centre de données est estimée, dans l’hypothèse haute présentée au cours de l’enquête, à environ 1 500 GWh par an, soit 1,5 TWh. Le projet consommerait par ailleurs près de 5 000 m³ d’eau chaque année en phase d’exploitation.

Le commissaire enquêteur a retenu les explications des porteurs du projet, notamment l’absence de forage ou de pompage dans la nappe phréatique.

Sa réalisation suppose aussi de modifier le PLU de Petit-Landau. Les terrains sont actuellement classés en zone AU, destinée à être urbanisée, mais celle-ci n’a pas été ouverte à l’urbanisation dans les neuf années suivant sa création.

Mulhouse Alsace Agglomération a donc engagé une procédure visant à créer une zone UE réservée aux activités économiques et à adapter le règlement au datacenter.

Plus de 80 % de contributions défavorables

L’enquête publique s’est tenue pendant 33 jours, du 1er juin au 3 juillet 2026. Cinq permanences ont été organisées à Petit-Landau et Hombourg, au cours desquelles 32 personnes ont été reçues. Le registre en ligne a totalisé 13 155 visites, 5 745 téléchargements et 2 545 consultations de documents.

Sur les 665 contributions françaises comptabilisées, 643 ont été déposées directement sur la plateforme numérique. Onze observations ont d’abord été inscrites sur les registres papier, six ont été adressées par courrier et cinq par courriel. Seize contributions émanant d’autorités ou d’organismes allemands ont également été examinées.

Le bilan fait apparaître 535 avis défavorables, contre 29 favorables et quatre favorables avec réserves. Treize contributions ont été considérées comme neutres, 45 comme réservées et 39 n’ont pas été classées, notamment en raison de doublons, de pièces manquantes ou de messages sans rapport avec l’enquête.

Une pétition intitulée « Refuser l’implantation d’un data center à Petit-Landau » avait par ailleurs réuni 2 041 signatures au 3 juillet.

Électricité, terres agricoles et chaleur au cœur des critiques

La consommation électrique et ses possibles effets sur la stabilité du réseau constituent le sujet le plus fréquemment cité, avec 287 contributions. La disparition des terres agricoles apparaît dans 286 observations, devant la consommation d’eau et les rejets, évoqués 221 fois.

La production de chaleur et l’absence de solution arrêtée pour sa réutilisation reviennent dans 182 contributions.

Les opposants ont également soulevé les risques de pollution, les nuisances sonores, les conséquences sur la biodiversité, l’artificialisation des sols et la faible quantité d’emplois attendue au regard de la superficie mobilisée. Le refus de confier une infrastructure numérique à une entreprise américaine apparaît dans 79 contributions.

Le rapport reconnaît que les 36 hectares sont actuellement exploités à des fins agricoles, même si les documents d’urbanisme leur attribuent depuis plusieurs années une vocation économique.

La commission de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF) a d’ailleurs rendu un avis défavorable sur la modification du PLU, invoquant la nécessaire protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, ainsi que les incertitudes entourant certaines compensations.

Elle a, en revanche, approuvé l’étude de compensation agricole collective.

Deux des six communes de la bande rhénane consultées ont également voté contre le projet, dont Hombourg, qui doit en accueillir une petite partie. Quatre autres conseils municipaux ont rendu un avis favorable.

Des avis favorables assortis d’une réserve

Le commissaire enquêteur estime que les retombées économiques, la création attendue de 197 à 301 emplois équivalents temps plein. « Je considère que le bilan avantages/inconvénients est en faveur des avantages », écrit-il dans ses conclusions concernant l’emplacement du terrain et les mesures environnementales.

Il rend donc un avis favorable à l’autorisation environnementale, assorti d’une réserve sur le bruit. Microsoft devra respecter son engagement selon lequel « une étude bruit sera réalisée dans un délai de trois mois à compter de la mise en service des nouvelles installations ».

Des mesures correctrices devront être appliquées si les niveaux relevés dépassent les prescriptions réglementaires.

Le commissaire enquêteur recommande également de « mettre en œuvre la valorisation de la chaleur fatale dans le cadre d’un projet avec des acteurs de la zone proche du site du projet ». Il regrette que l’étude complémentaire annoncée sur ce sujet n’ait pas été réalisée avant la finalisation du dossier.

Les nuisances des travaux anticipées

Des avis favorables sont aussi rendus pour la mise en compatibilité du PLU de Petit-Landau et les permis de construire déposés dans les deux communes.

Deux recommandations accompagnent l’évolution du document d’urbanisme : m2A devrait aider les communes confrontées à d’éventuelles nuisances et les poids lourds du chantier devraient emprunter des itinéraires évitant les villages.

Le commissaire enquêteur admet néanmoins que le datacenter « a généré beaucoup d’avis négatifs exprimés et dont il faut tenir compte ». Il pose lui-même la question de son acceptation par la population, tout en estimant que l’implantation d’un centre géré par Microsoft constitue « plutôt un gage de confiance que de méfiance ».

Une appréciation que les résultats de l’enquête publique viennent nettement nuancer.

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