
Cela se passera devant la Cour européenne des droits de l’homme
Philippe Tribaudeau franchit une nouvelle étape dans son combat pour faire reconnaître ses droits. Cela fait dix ans que cet électrohypersensible vit dans une caravane installée dans une forêt près de Sisteron.
« C’est l’ultime recours. » Le combat de Philippe Tribaudeau semble ne jamais devoir cesser, mais sur le plan judiciaire, c’est la dernière étape. L’homme de 64 ans qui vit dans une forêt d’Entrepierres, près de Sisteron, a déposé une requête contre l’État français à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Il veut que soit reconnu le droit pour une personne souffrant d’électrohypersensibilité et de chimicosensibilité de vivre dans un lieu compatible avec ses pathologies. Sa demande s’appuie sur le droit à un environnement sain, protégé au titre du droit au respect de la vie privée par l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme.
Repoussé au fin fond de la forêt du Vançon par les ondes, l’ex-professeur de technologie est bien décidé à aller jusqu’au bout. Sa lutte, il la mène au nom de tous ceux qui souffrent comme lui de l’omniprésence des champs électromagnétiques utilisés pour les réseaux mobiles, le wifi, les objets connectés… « Ce que j’espère, c’est ni plus ni moins que la reconnaissance que l’électrohypersensibilité existe. Dans ce dossier, je ne gagne que si je démontre que les ondes sont toxiques. »
« Un scandale sanitaire » nié par l’État ?
Devant la juridiction européenne, il entend faire valoir des études récentes sur cette pathologie et sur les dangers des champs électromagnétiques artificiels.
Là où la justice française l’a débouté, se basant sur un rapport de 2018 de l’Agence nationale de sécurité sanitaire qui ne reconnaît pas le lien de causalité entre les deux.
S’il est aussi déterminé, c’est que Philippe Tribaudeau a la certitude d’être au cœur d’« un scandale sanitaire », à l’instar de l’amiante ou du chlordécone. « Ce que j’essaye de démontrer à la CEDH, c’est quelque chose que l’État et les industriels connaissent très bien. » Il tient ce raisonnement : les champs électromagnétiques sont dangereux pour l’homme, les autorités le savent mais le taisent ; au lieu de jouer la transparence, ce qui permettrait à tout un chacun de prendre des précautions dans l’usage des nouvelles technologies, « l’État est coupable de mettre la santé de l’ensemble de la population en danger, en toute connaissance de cause », accuse-t-il.
« La décision de la CEDH n’aura pas pour effet de revoir la politique sanitaire de la France sur ce sujet », recadre son avocate. « Elle aura en revanche pour conséquence d’obliger l’État français à fournir des logements garantissant à la personne, au regard de ses besoins propres, un environnement qui lui est sain », espère Me Inès Blanc-Durand, spécialiste des droits humains et de l’environnement.
Une demande pour retrouver son squat initial
Après avoir été expulsé de son premier campement à la demande l’ONF, Philippe Tribaudeau vit un kilomètre et demi plus loin. La forêt du Vançon est une zone blanche ; les téléphones mobiles ne captent pas. Mais l’endroit où il a déplacé la caravane dans laquelle il vit avec sa compagne et leur fille est très précaire. En octobre, il s’est pourvu en cassation contre l’ONF et a écrit à la préfète des Alpes-de-Haute-Provence, lui demandant l’autorisation de réintégrer son emplacement d’origine, « plus sain » pour lui et « pas plus illégal » que son squat actuel.
L’association Zones blanches vient de solliciter un rendez-vous à ce sujet avec la représentante de l’État. Et si la requête devant la Cour européenne des droits de l’homme échoue ? Philippe Tribaudeau gardera la foi. « Ce n’est pas parce que tu perds un procès que tu n’avances pas. Même si je perds, inéluctablement, un jour ou l’autre les ondes seront reconnues toxiques. »
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