
Une série en 5 épisodes proposée par Alerte Phonegate
… pour décrypter le rapport de l’ANSES sur les ondes et le cancer.
- Épisode 1 · Ouvrons le débat
- Épisode 2 · Organisation de l’expertise
- Épisode 3 · Mobikids & conflits d’intérêts
- Épisode 4 · Mobikids vs NTP
- Épisode 5 · Cancers du cerveau
Épisode 1
Rapport ANSES Ondes et cancer : ouvrons vraiment le débat
Suite à la publication du nouveau rapport de l’ANSES (plusieurs centaines de pages), nous allons, dans les prochains jours et semaines, en proposer une analyse critique. L’enjeu : éclairer, documenter et poser les questions qui fâchent.
Vous êtes toutes et tous invité·es à y participer de manière constructive et argumentée. Nous commençons par revenir sur les résultats de la consultation publique de l’ANSES :
Seulement 13 contributions reçues, dont 2 émanant de lobbys des télécoms. Lors de la consultation sur la 5G, il y avait eu plus de 30 contributions, dont la nôtre : un rapport détaillé de plus de 50 pages.
Notre ONG et d’autres associations ont décidé de ne pas participer à cette consultation. Notre ONG et d’autres associations ont également décidé de suspendre notre participation au Comité de dialogue « radiofréquences et santé » dans son mode de fonctionnement actuel.
Rien de tout cela n’apparaît dans le rapport qui se contente, en substance, d’expliquer que « tout va bien ». Or, tout ne va pas bien. Ou faudrait‑il dire : tout ne va plus bien depuis la reprise en main politique de ce dossier au sein de l’ANSES depuis 2021, sur un enjeu pourtant majeur de santé publique.
Nous reviendrons point par point sur les éléments de ce rapport dans nos prochains contenus.
Ressources
➡ Rapport 5G : une consultation trompeuse
➡ Pourquoi nous n’avons pas participé à la consultation
➡ Suspension du Comité de dialogue
Épisode 2
Rapport ANSES ondes et cancer : ouvrons vraiment le débat
Pour ce deuxième épisode, nous nous penchons sur la façon dont l’ANSES organise son expertise. Un seul expert, le Pr Gérard Ledoigt, a défendu de manière argumentée une position différente sur le risque de cancer, à savoir « possible », voire « probable ».
Sa contribution a été reléguée en annexe comme « position divergente ». Cette mise à l’écart permet d’afficher un pluralisme de façade alors que la ligne dominante reste : « aucun lien mis en évidence entre ondes et cancers ».
Un pluralisme réduit à un alibi
Comme pour le rapport sur la 5G, le travail a été confié quasi exclusivement à une seule école de pensée, au détriment d’un véritable débat contradictoire. L’avis plus prudent du Pr Gérard Ledoigt ne pèse pas sur les conclusions officielles, qui continuent de minimiser le risque alors que les enjeux de santé publique sont majeurs.
Épisode 3
Mobikids : quand l’ANSES ferment les yeux sur les conflits d’intérêts
Pour ce troisième épisode, nous montrons comment l’ANSES utilise l’étude Mobikids comme référence centrale, sans tenir compte des multiples conflits d’intérêts qui la minent dès sa conception.
Dans Mobikids, la mesure de l’exposition des enfants atteints de cancers du cerveau a été confiée à un groupe international de 18 « experts », dont 14 ont des liens d’intérêts cachés avec l’industrie de la téléphonie et des télécoms. Plus grave encore, l’algorithme d’exposition a été conçu par cinq salarié·es de l’opérateur Orange.
L’OMS adopte la même attitude en intégrant Mobikids dans ses références sans remettre en cause ces conflits d’intérêts. L’institut ISGlobal, qui a supervisé l’étude, est lui‑même sous l’influence des industriels de la téléphonie, ce qui pose un sérieux doute sur l’indépendance de ces travaux.
Malgré notre enquête documentée, l’ANSES, co‑financeur de l’étude avec les instances européennes, n’y voit rien à redire. Une myopie scientifique préoccupante pour une agence censée protéger la santé publique.
Dans son rapport 2025, la question des conflits d’intérêts n’est jamais abordée par l’ANSES. On ne sait donc rien de cet aspect pourtant essentiel pour la qualité, la crédibilité et l’indépendance des 250 études de référence choisies par les experts de l’agence.
Nous poursuivrons cette série en approfondissant ces éléments dans les prochains épisodes.
Ressources
➡ Mobikids : une étude noyautée par les industriels
➡ Téléphonie et cancer : l’ANSES capitule
Épisode 4
Mobikids vs NTP : deux poids, deux mesures
Dans ce nouvel épisode, nous montrons le contraste saisissant entre la manière dont l’ANSES traite l’étude Mobikids et l’étude du National Toxicology Program (NTP), conduite par une grande agence de santé publique américaine. Cette dernière a fait l’objet, avant publication, d’un peer review public, avec des présentations détaillées, filmées et archivées, par certains des plus grands experts internationaux, qui ont ensuite rehaussé le niveau de preuves de cancérogénicité des radiofréquences (2G, 3G).
Lors de ces travaux, le Dr Marc Arazi est intervenu pour expliquer que les niveaux de DAS appliqués aux animaux du NTP étaient en réalité inférieurs à ceux subis par de nombreux humains surexposés aux ondes de leurs téléphones portables, dans le cadre du scandale du Phonegate. Ce décalage interroge directement la manière dont sont fixées et contrôlées les normes d’exposition pour le grand public.
Tout récemment, le scientifique James C. Lin a rappelé, dans un nouvel article, que l’étude du NTP suffirait à elle seule à justifier un reclassement du risque par l’OMS, au minimum en groupe 2A (cancérogène probable), voire en groupe 1 (cancérogène avéré). Et pourtant, c’est tout l’inverse qui se produit : au lieu de tirer les conséquences de ces signaux forts, les agences continuent de minimiser ou d’ignorer ces résultats.
Dans leur rapport, les « experts » de l’ANSES n’ont eu de cesse de minimiser les conclusions du NTP, en relativisant la portée des résultats et en les renvoyant à de simples signaux incertains. Mais auraient‑ils tenu le même discours si cette évaluation avait dû se faire en séance publique, officielle et filmée, comme aux États‑Unis ?
Il serait plus que temps que les rapports de l’ANSES soient, eux aussi, soumis à un véritable peer review public, filmé et documenté, sur le modèle du NTP.
Ressources
➡ Présentation publique du NTP
➡ Intervention du Dr Marc Arazi sur les niveaux de DAS
➡ Article de James C. Lin
Épisode 5
Cancers du cerveau : l’ANSES regarde, mais ne veut pas voir
Dans ce nouvel épisode, nous abordons un point que l’ANSES ne peut plus ignorer : l’augmentation des cancers du cerveau, en France comme dans plusieurs autres pays, et tout particulièrement chez les jeunes de 15 à 39 ans, où la hausse atteint environ 230 %. Au lieu d’en faire un signal d’alarme et de questionner sérieusement le rôle possible de l’exposition croissante aux ondes, l’agence choisit pourtant de relativiser ces données, en s’appuyant sur des travaux pour le moins contestables.
Les experts de l’ANSES reconnaissent noir sur blanc cette augmentation des tumeurs cérébrales, mais, pour la neutraliser, ils font à plusieurs reprises appel aux « analyses » de l’épidémiologiste Frank de Vocht. Problème majeur : ce dernier est également membre de l’ICNIRP, un organisme privé déjà très critiqué pour ses liens et sa proximité avec l’industrie, ainsi que pour sa ligne minimaliste en matière de protection sanitaire. Comment parler d’une expertise indépendante lorsque l’on confie l’interprétation des données à un acteur aussi directement impliqué dans la défense des normes actuelles d’exposition ?
Ces choix méthodologiques s’ajoutent aux graves oublis déjà constatés dans le traitement par l’ANSES des conflits d’intérêts autour de l’étude Mobikids, et à sa volonté manifeste de minimiser l’étude du National Toxicology Program (NTP), pourtant l’une des études les plus solides sur les effets cancérogènes possibles des radiofréquences. Pris ensemble, ces éléments dessinent un même fil rouge : tout se passe comme si l’objectif premier n’était pas de protéger la santé, en particulier celle des jeunes, mais de préserver coûte que coûte un récit rassurant sur l’innocuité des ondes.
Face à l’augmentation des cancers du cerveau et à l’accumulation d’études inquiétantes, la question n’est plus de savoir s’il existe « assez de preuves » pour agir, mais pourquoi les agences continuent de confier des pans entiers de leur argumentaire à des experts en conflit d’intérêts. Il est plus que temps d’exiger une véritable expertise indépendante, transparente, et un débat public ouvert sur le modèle des évaluations du NTP, afin que la protection de la santé prime enfin sur les intérêts économiques.
Partagez vos témoignages et vos réactions : l’augmentation des cancers du cerveau nous concerne toutes et tous, et votre mobilisation est essentielle pour obtenir une réévaluation honnête des risques liés aux ondes.
Ressources
➡ Glioblastomes chez les 15–39 ans : une augmentation inquiétante
➡ Cancers du cerveau et glioblastomes : données 2018 de Santé publique France