
Flashs d’info, photos, reportages, podcasts, tweets, stories sur les médias sociaux …
Jamais il n’y a eu autant de formats d’information et de canaux de diffusion à disposition. Pourtant, le sentiment de se sentir mal informés perdure.
INFORMATIONS PARTOUT … INFORMATION NULLE PART ?
Trop d’infos !
Chaque jour, nous recevons une quantité presque illimitée d’informations. Cette surcharge informationnelle appelée aussi « infobésité » est imputée aux chaînes d’information en continu, internet (les internautes consacrent un temps moyen estimé de 7 heures sur internat chaque jour) mais aussi à l’espace social à travers les panneaux publicitaire, les vitrines …
La problème n’est plus de trouver de l’information mais de la sélectionner… ce qui prend du temps et de l’énergie alors même que le « brut informationnel » entraîne une dispersion de l’attention.
Le succès des plateformes
Les médias sociaux sont le premier moyen d’information des 15-34 ans. L’information sur les plateformes est horizontale (produite par des pairs et non plus exclusivement par des journalistes) de format court, fragmentée des utilisateurs (qui peuvent personnaliser les informations qu’ils reçoivent) parfois participative et peu modérée.
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UNE AFFAIRE DE « GROS » SOUS
L’information, une marchandise comme les autres ? De gros enjeux économiques entourent la production et la diffusion de l’information : concentration des médias, marché de l’attention, marchandisation des données … Ces processus en cours ont des répercussions sur la qualité des contenus
Une information au service de la société de consommation
La plupart des médias sont vampirisés par la publicité que représente une source très importante de leurs revenus. Cette dépendance aux annonceurs joue sur les choix éditoriaux ; l’information ne doit pas déplaire aux groupes de communication ou de publicité. Cette dépendance est tellement forte qu’elle entraîne une autre : en 2022, les grands groupes de presse français ont signé des accords avec Google afin d’être rétribués pour les articles indexés par le moteur de recherche (ce que l’on appelle les « droits voisins de la presse »). Une façon de partager le gâteau publicitaire mais également de laisser plus de pouvoir aux algorithmes des GAFAM dans la mise en valeur des informations.
La bataille de l’attention
L’excès d’informations fait perdre de la valeur à l’information : désormais les biens les plus rares sont l’attention et la réception des usagers. Les éditeurs de contenus savent qu’ils n’ont que quelques secondes pour séduire et maintenir une dépendance à l’égard de leur plateforme.. Cette bataille pour l’attention se mène au moyen de stratégies comme les article « pièges à clics », aux titres et visuels sensationnalistes, racoleurs, provocateurs ou mensongers pour inciter les gens à cliquer sur le lien associé, afin de revendre ensuite le nombre de visites sur les sites aux annonceurs.
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UN DÉFICIT DE CONFIANCE DANS LES MÉDIAS
Aujourd’hui, les journalistes n’ont pas toujours bonne presse. On leur reproche leur déconnexion du terrain, leur entre-soi, leur incapacité à transformer leur métier, leur suivisme, leur goût pour le sensationnel ou encore leur manque de déontologie. Sont-ils les seuls responsables ?
Des Journalistes sous influence
Des hommes et femmes d’affaires achètent des médias pour investir mais aussi pour maîtriser leur communication et leur image ou pour faire de la politique, en invitant régulièrement leurs candidats préférés dans leurs médias et en y diffusant leurs idées. Les journalistes n’ont qu’à bien se tenir… Si les cas de censure directe sont rares (grâce à l’indépendance des sociétés de journalistes), la tentation de l’autocensure pour ne pas froisser l’actionnaire est une conséquence courante.
Une information formatée pour « faire vendre »
Quand l’objectif est de rémunérer des actionnaires, la qualité, l’éthique et la diversité des informations ne sont plus garanties. Les médias tombent alors dans des travers défavorables.
Concurrence, immédiateté et mimétisme : les médias sont à la recherche de scoops, de sensationnel, et essaient d’être les premiers à diffuser le « sujet » qui sera repris par tous. Cette course à l’audience nuit à la vérification des informations, au recoupement des sources et laisse filtrer des informations réductrices ou fausses, qui vont jouer sur les peurs et les idées reçues.
Spectacle et mise en scène : de plus en plus de journalistes mettent en scène les personnes qu’elles interviewent en fonction de leurs propres opinions ou de leurs lignes éditoriales. Cette information spectacle renforce les idées reçues, souvent loin de la réalité et des réelles préoccupations des gens.
Baisse des coûts de fabrication de l’information : les directions des médias diminuent le nombre d’enquêtes sur le terrain et leur préfèrent des formats brefs qui font le buzz ou la reprise des dépêches d’agences de presse. Elles embauchent moins de journalistes et proposent des statuts précaires. Conséquence : on trouve moins d’informations creusées et analysées pour comprendre le monde.
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INTERNET : UN ESPACE DE LIBERTÉ … SOUS SURVEILLANCE !
Le numérique a théoriquement permis de choisir et construire sa propre information mais il a parallèlement noyé les internautes, renforçant leur lassitude face à l’information. Il a également mis en place des systèmes de surveillance portant atteinte aux libertés.
A l’origine : Liberté, indépendance, partage
Internet a été conçu pour connecter tout le monde au même niveau, pour créer un réseau décentralisé. Chacun peut produire, diffuser, commenter, compléter, rectifier … des informations et communiquer avec une personne à l’autre bout du monde. Cet outil puissant a profité à des organisations ou communautés marginalisées ou ne disposant pas de moyens financiers pour communiquer. Mais, aujourd’hui, la libre circulation des connaissance et les libertés des citoyens sont menacées ;
Surveillance, marchandisation censure
Les comportements sur la toile sont surveillés en permanence car le modèle économique des géants du web marchand repose sur la vente de nos données personnelles à des fins commerciales ou électoralistes.
Les États s’intéressent aussi de très près aux données : des mesures liberticides sont adoptées régulièrement sous prétexte de lutte contre le terrorisme. En France, les services de l’État sont désormais autorisé à aspirer des données personnelles de « personnes préalablement identifiées comme présentant une menace ». Une formulation qu’ils serait facile d’interpréter pour surveiller ou intimider des opposants politiques, des activistes ou des lanceurs d’alerte. Certains États ont même recours à des coupures partielles ou totales des connexions internet. En 2021, 34 États dans le monde ont coupé l’accès à internet à leurs citoyens.
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INFORMATIONS, CONSPIRATIONS OU INFOX ?
En raison de la rapidité de la circulation et d’un nombre d’émetteurs toujours plus grand, la vérification des informations partagées devient plus complexe. Médias sociaux peut contrôlés, médias happés par la quête du buzz et algorithmes programmés pour la viralité viennent compléter ce panorama propice à la prolifération des fausses informations. Petit détour lexical sur la désinformation.
Fake news, complotisme, rumeurs et parodie
Les infox (fake news en anglais) désignent des faits qui n’ont aucune véracité, des mensonges, des affirmations sans fondement : par exemple, annonce du décès d’une personnalité encore en vie ou informations fausses ou douteuse autour du Covid-19 (infodémie). La diffusion d’infox sert souvent à attirer le plus de lecteurs possible afin de monétiser ces audiences mais elle a parfois aussi des buts idéologiques ou politiques.
Les théories du complot ou conspirationnistes sont une lecture du monde qui interprète des faits réels comme étant le résultat de l’action d’un groupe caché, au détriment de l’intérêt public. Elles ont toujours existé et resurgissent au gré de l’actualité, notamment en période de crises. Elles répondent à nos craintes en donnant des explications simplistes à des situations complexes ou menaçantes. Exemples : les attentats du 11 septembre seraient l’œuvre des autorité états-uniens, le réchauffement climatique serait une pure invention…
Une rumeur est une nouvelle qui se répand dans le public, dont l’origine est inconnue ou incertaine et la véracité douteuse.
La parodie consiste à diffuser des fausses informations dans le but de faire rire (le gorafi, Nordpress …). Il n’est pas toujours facile de distinguer les blagues de vraies informations, même pour les journalistes !
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DÉCRYPTER L’INFORMATION
Apprendre à analyser l’information et renforcer son esprit critique est indispensable pour résister à la désinformation et à la fatigue informationnelle.
Les objectifs de l’éducation aux médias et à l’information
Chaque personne peut devenir active et critique dans son rapport à l’information, mais cela s’apprend. L’éducation aux médias et à l’information (EM) permet de comprendre :
Comprendre l’écosystème de l’information : quels sont les acteurs de l’information médiatique ? Comment se fabrique une info, avec quelles intentions et quelles contraintes ? Quels formats et quels circuits de diffusion ? Quel modèle économique ? …
Analyser les contenus médiatiques pour vérifier s’ils sont fiables, à l’aide de questions-clés ; quelle est la source de l’info (si elle existe) ? Est-ce que l’auteur existe vraiment ? Y a-t-il d’autres sources qui confirment l’information ? S’agit-il de faits ou de commentaires ? Le ton de l’article est-il mesuré et ouvert à des propos contradictoires ? Quelle est la date de cette info ? L’image qui l’accompagne est-elle friable ?
Produire sa propre information ; réaliser un film, un blog, un journal, une émission radio … c’est mieux comprendre les choix éditoriaux qui sont faits et se former à la responsabilité et à l’exercice de la liberté d’expression.
Défendre le droit d’informer et d’être informés : dans un univers régi par les géants du web, des propriétaires milliardaires ou parfois musclé par des dictatures, introduire du contrôle démocratique est essentiel. Cela passe notamment pas le fait de considérer (et dont défendre) l’information comme un droit fondamental.
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UNE AUTRE INFORMATION EXISTE
Des médias indépendants, des blogueurs, des youtubeurs, des ONG offrent une informations de qualité, moins soumise aux travers des médias de masse.
Qu’est-ce qu’un média indépendant ?
Beaucoup de médias se réclament de l’appellation « média indépendant », mais ceux qui visent plus de justice sociale et écologique ont, par exemple, en commun :
- De ne pas appartenir à de grands groupes de médias
- D’exercer leur activité d’information avec éthique et déontologie
- D’aborder les sujets passés sous silence ailleurs et de donner la parole au ceux qui ne l’ont pas
- De favoriser la co-construction et la participation
- De renforcer l’esprit critique
Une information d’utilité publique
Sur les droits humains, l’environnement ou la solidarité internationale, les ONG bénéficient d’un crédit important de la part de l’opinion.
A l’instar des lanceurs d’alerte, elles fournissent une information d’utilité publique, à même de créer de la mobilisation et de peser sur les politiques nationales ou internationales.
Des blogueurs ou youtubeurs participent aussi à faire vivre une information différente , pédagogique et mobilisatrice.
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TOUT PEUT CHANGER !
Des réflexions et des plaidoyers émergent pour faire bouger les lignes et renouer avec une information plurielle, éthique, qualitative. L’enjeu ? Mieux comprendre le monde affin de pouvoir le transformer.
Impliquer davantage les usagers dans la fabrication de l’info : leur montrer les coulisses de l’info, les faire participer, leur demander et prendre en compte leur avis. Depuis sa création fin 2019, le conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM), instance nationale de médiation entre les journalistes, les médias et le public, peut être saisi par tout citoyen sur un acte journalistique jugé problématique.
Défendre la liberté d’informer
Dans les pays autoritaires comme dans les démocraties, la liberté d’informer et d’être informés connaît un recul inquiétant. En 2021, 46 journalistes ont été tués et 488 emprisonnés, selon Reporters sans frontières (RSF). En France, très régulièrement, associations et médias interviennent face aux tentatives de muscler les intérêts privés pour faire valoir l’information d’intérêt général.
Respecter les données des usagers
Depuis l’entrée en application du règlement général sur la protection des données (RGPD), qui acte que les internautes doivent donner leur consentement explicite en matière de cookies et de traceurs, de nombreuses plaintes contre le ciblage publicitaire ont été déposées auprès de différentes autorités de protection des données européennes, dont la commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL). L’association La Quadrature du Net, qui a déposé plusieurs de ces plaintes contre les GAFAM, défend les droits et libertés dans l’environnement numérique.
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