Vague de froid

La consommation électrique française flirte avec des records historiques

Alors que le mercure s’effondre et qu’un manteau blanc recouvre une large partie de l’Hexagone, la demande en électricité atteint des sommets, mettant à l’épreuve la robustesse du système énergétique national.

La règle est aussi simple qu’immuable : lorsque les températures chutent, la consommation d’électricité grimpe en flèche. Ce début d’année 2026 ne fait pas exception à la règle.

Prise dans un étau de froid, de neige et de verglas, la France a vu sa demande énergétique franchir un cap symbolique, ravivant les souvenirs d’hivers particulièrement rigoureux.

Un thermomètre qui plonge, une consommation qui s’envole

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ce mardi, la consommation électrique nationale a dépassé le seuil des 90 gigawatts (GW) en milieu de matinée, un niveau qui n’avait plus été observé depuis le 28 février 2018.

Selon les données du gestionnaire du réseau, ce pic efface celui de l’année précédente, qui avait culminé à 87 GW. C’est une sollicitation intense qui met l’ensemble de l’infrastructure sous pression.

Si ce chiffre est impressionnant, il reste encore à distance respectable du record absolu de 102 GW, enregistré lors de la vague de froid historique du 8 février 2012.

Depuis cette date, les efforts en matière de sobriété énergétique et l’amélioration de la performance des équipements ont contribué à modérer la demande. Le réseau gazier est également sur le qui-vive, GRDF signalant une puissance fournie inédite depuis trois ans, forçant les centrales à gaz à fonctionner « à plein régime ».

Le réseau électrique français à l’épreuve du froid : un test réussi ?

Derrière cette montée en charge se cache néanmoins une nouvelle plus rassurante : le système électrique français tient le choc. Loin de la situation tendue de l’hiver 2022, marqué par la crise de la corrosion sous contrainte qui avait mis à l’arrêt plus de la moitié du parc nucléaire, la production a retrouvé des couleurs.

Les données fournies par RTE indiquent que la production d’électricité nucléaire est remontée en puissance, assurant une part massive des besoins nationaux.

Le parc nucléaire d’EDF couvre ainsi entre 60 et 72% de la demande, complété par l’hydraulique, l’éolien et le solaire durant la journée. Le gaz représente quant à lui près de 10% du mix en cette période de grand froid.

Fait notable, les deux dernières centrales à charbon n’ont pas été sollicitées, signe d’une capacité de production suffisante pour affronter l’épisode. La France se permet même d’exporter massivement de l’électricité vers l’Allemagne et la Belgique.

Transports paralysés : le revers de la médaille d’une météo extrême

Si le front de l’énergie semble maîtrisé, la situation est bien plus chaotique sur le plan des transports. Les conditions météorologiques, avec 38 départements placés en vigilance orange pour neige et verglas, ont un impact direct et sévère sur la mobilité.

Le ministre des Transports a fortement conseillé d’éviter tout déplacement mercredi en Île-de-France, une région particulièrement vulnérable face à des chutes de neige attendues sur des sols déjà gelés.

Les réseaux de transports en commun sont en première ligne. Ile-de-France Mobilités anticipe un service de bus et de cars « fortement perturbé, voire à l’arrêt », et les transports scolaires ont été suspendus dans plusieurs départements.

Le trafic aérien n’est pas épargné, avec des annulations préventives massives à Roissy et Orly. La SNCF, de son côté, a choisi de réduire la vitesse de ses TGV et d’interrompre certaines lignes pour prévenir tout incident, laissant présager une journée de mercredi particulièrement compliquée pour des millions d’usagers.

generation-nt.com

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« Nous venons de vivre une vague de froid » : retour sur une idée reçue

« Il y a toujours eu des canicules en France, on vous ment » ou « nous vivons toujours des vagues de froid ». Au risque de paraître insolent au vu de l’épisode de neige que nous connaissons actuellement en France, l’épisode de froid actuel les discours qui l’accompagnent, illustrent à quel point notre perception s’est progressivement déconnectée de la réalité climatique du XX siècle. Démonstration, graphiques à l’appui. 

1/ « Il y a toujours eu des canicules en France, on vous ment » ou « il fait toujours froid en hiver ». 

Voici deux graphiques (mis à jour) édifiants, qui suffisent à démonter, chiffres à l’appui, ceux deux discours que l’on entend encore trop souvent. 

Les faits sont là, incontestables. Pour la 7 année consécutive, il n’y aura pas de vague de froid en France en 2025.

Grâce aux données de Météo-France et au travail de Louis Hecker – Infoclimat, nous disposons désormais d’une série longue, homogène et robuste remontant jusqu’à 1900.

Un gros boulot d’analyse de data ! Elle permet enfin de replacer les événements récents dans leur véritable contexte climatique.

Concernant les vagues de chaleur : 

  • 65 vagues de chaleur recensées depuis 1900. 
  • 31 vagues de chaleur entre 1900 et 2000, puis déjà 34 depuis 2000. Autrement dit : en seulement 25 ans, il y a eu plus de canicules que durant tout le siècle précédent.

C’est une accélération spectaculaire, avec un rythme plus de 4 fois supérieur à celui observé au XX siècle.

Depuis 2012, le contraste est sans appel : 24 canicules pour seulement 2 vagues de froid. Un argument factuel, difficilement contestable.

Là où une canicule constituait autrefois un événement isolé dans un été, il n’est désormais plus rare d’en observer plusieurs au cours d’une même saison.

Concernant les vagues de froid : 

  • 95 vagues de froid recensées depuis 1900.
  • 85 entre 1900 et 2000, contre seulement 10 depuis 2000.
  • Une chute brutale (division par plus de deux du risque) révélatrice d’un effondrement des hivers froids et d’un réchauffement désormais structurel du climat français.

2/Au risque de paraître un peu insolent au vu de la neige à Paris, cet épisode ne répond toujours pas aux critères permettant de le qualifier de « vague de froid ». À ce stade, le seuil de –2 °C de température moyenne nationale n’a pas été atteint.

L’épisode actuel de froid en France illustre surtout à quel point notre perception s’est progressivement déconnectée de la réalité climatique du XX siècle.

Cet épisode prend fin aujourd’hui sans avoir rempli les critères permettant de le qualifier de “vague de froid”. 

Nous n’avions pas connu de températures aussi basses à l’échelle nationale depuis 2018. Dans certaines villes du Sud-Ouest, il faut remonter à 2012, voire localement à 1997 dans le Centre-Ouest. Mais ces constats ne suffisent pas à caractériser un événement climatique à l’échelle nationale.

Les critères définissant une vague de froid sont objectifs. Ils n’ont pas été inventés pour minimiser cet épisode.

Ils évitent : 1) les lectures émotionnelles, 2) les récupérations idéologiques ou 3) les discours visant à tordre la définition selon les circonstances.

Une vague de froid à l’échelle nationale repose sur deux critères simultanés :

  • Au moins 3 jours consécutifs sous +0,9 °C de température moyenne nationale. C’est pas du hasard : cela correspond aux 2,5 % des journées hivernales les plus froides observées en France.
  • Au moins une journée sous −2 °C de moyenne nationale, et c’est par du hasard aussi, c’est les 0,5 % des journées les plus froides de la climatologie française.

Ces derniers jours, nous avons bien connu un épisode de froid, mais pas une vague de froid.

D’un point de vue climatologique, cet épisode ne pèse strictement rien : il ne sera même pas inscrit dans les tables de Météo-France.

Nous sommes donc très loin (mais vraiment très loin !) des grandes vagues de froid du passé, celles qui structuraient durablement les hivers français.

Ces cartes de 1956, 1985, 1987 et 2012 rappellent ce qu’étaient de véritables vagues de froid, tant par leur intensité que par leur extension spatiale et leur durée.

Serge Zaka,

Président-Fondateur d’AgroClimat2050 : www.agroclimat2050.com

Outil gratuit d’agrométéorologie : www.agrometeorologie.fr

Site de chasseur d’orage : www.serge-zaka.com

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Pour en savoir plus :

https://blogs.mediapart.fr/serge-zaka/blog/070126/n