Usinor

Cinq milliards d’euros pour un data center sur les friches d’Usinor

Commentaire préalable aux articles de La Voix du Nord

La région est tellement accueillante qu’elle accepte tout, pourvu qu’il y ait de l’emploi, même si c’est au détriment des conditions de vie des habitants, même si cela va consommer beaucoup, beauoup d’électricité et d’eau – au détriment de la région -, même si c’est en opposition avec le changement climatique …

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Le président de la Porte du Hainaut espère un investissement colossal et la création de 2 400 emplois, directs et indirects

« Cinq milliards d’euros investis. 2 400 emplois directs et indirects. » Pour Aymeric Robin, il s’agit d’une « implantation industrielle importante ». Le président de la communauté d’agglomération de la Porte du Haianut était sur la friche Usinor, à Escaudain, avec le maire Bruno Saligot. En avant-première, il a montré à La Voix du Nord le site où, à l’hoirizon 2030, se trouveront un data center et un  campus, à la zone des Soufflantes. « Tout un écosystème qui va s’implanter : récherche et développement, formation, passerelles avec l’université et les entreprises du terrain ».

Trente-six hectares hérités

« le point de départ, rappelle Aymeric Robin, c’est la volonté de l’État de garantir la souveraineté de nos données. 53% des données françaises sont hébergées à l’étranger ». La zone des Soufflantes a été reconnue par le plan d’investissement France 2030. « On avait cette réserve foncière. » Trente-six hectares hérités d’usinor. « Depuis qu’Usinor est parti il y a quanrate-cinq ans, indique Bruno Saligot, ça a toujours été identifié comme un endroit qu’il fallait réinsdustrialiser ». « Ca a été long, ça a été beaucoup de boulot, dit Aymeric Robin. On a été pris au sérieux ».

Au carrefour de l’Europe numérique

Avec la proximité du poste électrique de Mastaing,le site pourra être, à partir de 2029, alimenté par « un haut niveau de puissance électrique ». « Avec l’État, la région, on a travaillé de concert. » Trois investisseurs ont répondu à l’appel d’offres.

« On a un candidat qui nous a donné des garanties en termes de consommation d’eau et d’électricité. Il est très en deçà de ce que font les data centers. On a une lettre d’engagement. Vous avez peut-être déjà entendu parler du FLAP (Francfort, Londres, Amsterdam, Paris). Ils vont être au carrefour de cette Europe numérique ». L’intercommunalité ne communique pas pour le moment le nom du candidat retenu. Ce data center sera « orienté intelligence artificielle », nous apprend Aymeric Robin. L’IA, c’est la colonne vertébrale du numérique ! L’e-santé, l’e-mobilité, l’e-gaming, c’est déjà notre quatidien ». L’investisseur affirme prendre les travaux de démilition à sa charge. « Il y a déjà eu des travaux de dépollution, rassure Bruno Saligot. On peut se balader, il n’y a pas de risque. Mais ils vont aller plus en profondeur. Il y a 2500 arbres qui seront plantés ici ».

« Ici, c’étaient les hauts-fourneaux jusqu’aux Six Marianne, rappelle Bruno Saligot. Usinor était à moitié à Escaudain, à moitié à Denain. Il y a quanrate-cinq ans, on faisait de l’acier, demain on fera du numérique. Aux jeunes, je leur dis de se former ! Ce sont eux qui iront travailler au data center. Il n’y a pas de raison qu’un fils, qu’une fille d’ouvrier n’y participe pas »

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Vue de notre région, une course à la puissance démesurée ?

« Je veux très clairement qu’on se positionne parmi les toutes premières régions françaises sur l’intelligence artificielle ». Au printemps dernier, embrayant sur les annonces présidentielles qui, au nom de la souveraineté, annonçaient en France trente-six centres de données dédiés à l’intelligence artificielle, le président de la région, Xavier Bertrand, affirmait la volonté du territoire d’être en pointe en la matière.
Et, pour étayer cette ambition, il y avait un chiffre : celui des huit sites prêts à être aménagés pour devenir des usines de calcul informatique dédié à l’IA.

Certains connaissent déjà le projet d’E-Valley, sur l’ancienne BA 103 de Cambrai-Epinoy. Un autre foncier disponible, celui de l’ex-usine Bridgestone à Béthune, a tapé dans l’oeil d’Azur-Datacenter ; avec le projet de la Porte du Hainaut, on arrive progressivement aux « trois à quatre » projets qui, au mois d’août, selon les services de la Région, semblaient avoir avancé.

Explosion de la puissance de calcul

Pourquoi construire autant de ces usines numériques ? « Le besoin de calcul informatique pour l’IA a été multiplié par un million en six ans et il décuple chaque année », expliquait l’an dernier le patron de Google, Sundar Pichai.

L’explosion des usages, en premier lieu pour l’IA générative (ChatGPT et autres), justifierait ces investissements colossaux, en eau et en énergie (celui promis à Cambrai pourrait engloutir, à terme, l’équivalent de la centrale nucléaire de gravelines) mais aussi financièrement. Les trois datacenters déjà annoncés dans la région resprésentent à eux seuls 11,5 milliards d’euros.

Investissements irrationnels

Mais cette puissance sera-t-elle vraiment nécessaire ? « Nous allons vers une offre particulièrement puissante qui va se développer », observe Manuel Davy, président de la Cité de l’IA (une émanation du MEDEF Lille-Métropole) ; ce spécialiste regarde le sujet avec une grosse dose de circonspection.
Car le temps de la construction de ce genre d’équipement n’est pas le même que celui de la technologie, bien plus rapide. Et rien ne dit que toute la puissance envisagée sera nécessaire pour les modèles d’IA qui arrivent. « J’ai le sentiment qu’on est en train d’en faire trop… Quelle sera la rationalité économique demain ? ». Cette bulle d’Octave Klaba, le PDG du champion européen du cloud (et basé à Roubaix) OVHcloud, sait qu’elle éclatera et que beaucoup perdront de l’argent.
Et il n’est pas le seul. Il y a quelques jours, dans une interview à la BBC, le patron de Google pointait les risques de crash face à ces investissements dépassant l’entendement. « Je m’attends à ce que cela arrive avec l’IA. L’enthousiasme est tout à fait compréhensible. Il est également vrai  que lorsque nouus traversons des cycles dinvestissement, il y a des moments où nous dépassons les bornes, collectivement, en tant qu’industrie. Sur Internet, il y a clairement eu beaucoup d’investissements excessifs mais personne ne remet en cause l’importance d’Internet ou son impact considérable. Je m’attends à ce que cela soit pareil avec l’IA ».