{"id":9822,"date":"2022-11-21T02:53:59","date_gmt":"2022-11-21T01:53:59","guid":{"rendered":"https:\/\/collectif-accad.fr\/site\/?p=9822"},"modified":"2022-11-10T08:57:19","modified_gmt":"2022-11-10T07:57:19","slug":"zone-blanche-au-musee-de-lhomme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/collectif-accad.fr\/site\/zone-blanche-au-musee-de-lhomme\/","title":{"rendered":"Zone blanche au mus\u00e9e de l\u2019Homme"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\"><strong><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive; font-size: 18pt;\">Une docu-fiction<\/span><\/strong><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Notre ami \u00c9douard Ballot, journaliste \u00e0 la revue Nexus a d\u00fb se r\u00e9veiller un matin en s&rsquo;exclamant: \u00ab\u00a0j&rsquo;ai fait un r\u00eave: imaginons qu&rsquo;au c\u00e9l\u00e8bre mus\u00e9e de l&rsquo;Homme se tienne une exposition sur l&rsquo;\u00e9lectrohypersensibilit\u00e9!\u00a0\u00bb<br \/>\nD&rsquo;o\u00f9 son id\u00e9e d&rsquo;EZB: Exposition Zone Blanche et ce d\u00e9licieux essai litt\u00e9raire qu&rsquo;il nous livre, et dans lequel le mus\u00e9e de l&rsquo;Homme est envahi par une cohorte d&rsquo;EHS, certains en \u00ab\u00a0costume d&rsquo;apiculteur\u00a0\u00bb, on est pri\u00e9 de laisser son smartphone dans une boite \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e, le niveau d&rsquo;exposition aux Champs \u00c9lectromagn\u00e9tiques (CEM) y est insignifiant, et le visiteur peut s&rsquo;informer \u00e0 loisir sur l&rsquo;EHS.<br \/>\n\u00c9douard nous gratifie d&rsquo;un humour vivifiant dans la description de ce microcosme humain ravi de se retrouver dans un lieu enfin sanctuaris\u00e9 en Zone Blanche, le temps de l&rsquo;exposition.<br \/>\nOsons y croire : les sympt\u00f4mes de l&rsquo;EHS sont enfin reconnus les Autorit\u00e9s vont enfin agir&#8230; ouf, \u00e7a n&rsquo;est pas gagn\u00e9, juste un r\u00eave ? <\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">** **<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je dus laisser mon portable \u00e0 l\u2019accueil. Dans la file d\u2019attente, les gens montraient des signes de r\u00e9ticence. On ne leur coupait pourtant pas la main, mais la privation de cette petite extension de soi-m\u00eame n\u2019\u00e9tait pas coutumi\u00e8re, et je ne fis pas exception \u00e0 mon tour. Il me fallut l\u2019\u00e9teindre, le remettre \u00e0 l\u2019h\u00f4tesse qui l\u2019accrocha sur un vaste tableau, \u00e9pingl\u00e9 comme un papillon par un naturaliste techno-maniaque. \u201c<i>Coordonn\u00e9es 23\/M<\/i>\u201d, me dit-elle, \u201c<i>merci de les retenir pour le r\u00e9cup\u00e9rer<\/i>.\u201d Cette installation r\u00e9glementaire de combin\u00e9s laiss\u00e9s de c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du mus\u00e9e \u00e9tait con\u00e7ue comme une sorte d\u2019assentiment collectif visuel \u00e0 s\u2019abandonner \u00e0 l\u2019Exposition Zone Blanche. Le \u201ctableau des portables\u201d donnait une id\u00e9e de la quantit\u00e9 de visiteurs pr\u00e9sents mais aussi de la vari\u00e9t\u00e9 des mod\u00e8les. L\u2019impression de cet accrochage public portait vers l\u2019id\u00e9e de surabondance industrielle. Les tr\u00e8s rares coordonn\u00e9es vides correspondaient probablement aux quelques visiteurs \u00e9lectro-hypersensibles. Lorsque je remis<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">mon appendice mobile \u00e0 l\u2019h\u00f4tesse dont la parure compl\u00e8te aurait pu, de loin, faire penser \u00e0 une apicultrice, je me demandai si elle \u00e9tait r\u00e9ellement hypersensible aux ondes ou si les employ\u00e9s du mus\u00e9e nourrissaient activement l\u2019atmosph\u00e8re de l\u2019exposition. Son sourire derri\u00e8re le voile me fit pencher pour la seconde option : sa tenue anti-ondes faisait partie du show.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">EHS, \u00c9lectroHyperSensible, c\u2019\u00e9tait le vocable principal retenu. Je devais \u00e9crire un article et me renseigner sur les petits dessous de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. J\u2019appris que la Commissaire d\u2019exposition avait r\u00e9ussi \u00e0 imposer \u00ab EHS \u00bb dans les textes de pr\u00e9sentation contre l\u2019avis du directeur du mus\u00e9e qui aurait voulu quelque chose comme \u00ab ICEM \u00bb &#8211; Intol\u00e9rants aux Champs \u00c9lectro-Magn\u00e9tiques. Ce diff\u00e9rend montrait la sympathie de la Commissaire pour les EHS qu\u2019elle percevait comme des \u00eatres humains normaux victimes d\u2019un exc\u00e8s de technologies d\u00e9l\u00e9t\u00e8res. L\u2019intol\u00e9rance aux champs \u00e9lectromagn\u00e9tiques penchait, elle, plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019inadaptation de certains aux<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">d\u00e9veloppements technologiques pour raisons personnelles, psychiques ou physiques,<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">ind\u00e9pendantes des rayonnements. Quoi qu\u2019il en soit, le mus\u00e9e avait d\u00e9ploy\u00e9 des moyens humains et mat\u00e9riels consid\u00e9rables pour faire de cet \u00e9v\u00e9nement une premi\u00e8re dans le monde.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Une partie du parcours recr\u00e9ait une vraie-fausse zone sans ondes en plein Paris, d\u00e9limit\u00e9e par une enveloppe protectrice. Une id\u00e9e et une r\u00e9alisation assez folles, mais \u00ab <i>n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019immersion sensible du public <\/i>\u00bb, indiquait le dossier de presse.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Lorsque j\u2019entrai au coeur de l\u2019installation, j\u2019aper\u00e7us plusieurs personnes en tenue anti-ondes : des guides \u00e9quip\u00e9s de petits appareils et charg\u00e9s de montrer aux visiteurs les variations d\u2019intensit\u00e9 du nuage \u00e9lectromagn\u00e9tique selon les endroits. L\u2019int\u00e9rieur de l\u2019esp\u00e8ce d\u2019immense yourte dress\u00e9e en tissus haute protection fabriqu\u00e9 par Swiss Shield recr\u00e9ait une zone vierge du spectre des fr\u00e9quences \u00e9lectromagn\u00e9tiques, comme on n\u2019en trouvait presque plus dehors, dans la nature, hormis dans quelques replis ou anomalies du territoire. L&rsquo;entreprise suisse, une r\u00e9f\u00e9rence mondiale, \u00e9tait en forte expansion. Les arm\u00e9es \u00e9taient ses clients les plus anciens.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Deux salles d\u2019expositions temporaires avaient par ailleurs \u00e9t\u00e9 coffr\u00e9es et peintes avec trois couches de peinture anti-ondes. Le mus\u00e9e avait utilis\u00e9 le <i>nec plus ultra <\/i>de la protection. Dans ces salles, images et textes \u00e9taient \u00e9clair\u00e9s en courant continu 12 volts ou en courant alternatif 220 volts dont les c\u00e2bles et lampes \u00e9taient enti\u00e8rement blind\u00e9s. Des moyens rarement \u00e0 la port\u00e9e des EHS.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">C\u2019est ce que je compris en d\u00e9couvrant \u00ab C\u00e9nesth\u00e9sie des ondes \u00bb, le reportage photographique de Louis Asselin. Les logements, caravanes, cabanes, voitures, tentes \u00e9taient tapiss\u00e9s de multiples couches de simples couvertures de survie qui offraient le m\u00e9rite d\u2019att\u00e9nuer \u00e0 faible co\u00fbt les hautes fr\u00e9quences de la t\u00e9l\u00e9phonie mobile et des appareils sans fil, et aussi \u00e9ventuellement, de prot\u00e9ger du froid. Montrer les existences des personnes devenues EHS, tel \u00e9tait le projet de cette enqu\u00eate photo command\u00e9e pour EZB et parrain\u00e9e par la Fondation Abb\u00e9 Pierre, sensible au sort des EHS depuis plusieurs ann\u00e9es. \u00ab Devenues EHS \u00bb, oui, devenues. On ne nait pas EHS, m\u00eame si les sympt\u00f4mes touchent insidieusement de plus en plus jeune.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">D\u2019autres se prot\u00e9geaient avec de la moustiquaire \u2013 moins de 10 euros le m\u00e8tre \u2013 mais ce type de maillage m\u00e9tallique serr\u00e9 n\u2019arr\u00eatait plus les ondes millim\u00e9triques. Il fallait passer \u00e0 du high-tech. Protection high tech contre radiation high tech, une guerre moderne en somme. Sur une photo, on voyait un petit bout de femme pr\u00e9nomm\u00e9e Caroline emmitoufl\u00e9e telle une Touareg, institutrice contrainte d\u2019abandonner son travail, soulever le voile anti-ondes fix\u00e9 sur une structure de tuyaux de PVC emmanch\u00e9s et formant son lit \u00e0 baldaquin, install\u00e9 dans une pi\u00e8ce d\u2019une maison foresti\u00e8re accueillant des r\u00e9fugi\u00e9s des ondes. Sur une autre, dans une p\u00e9nombre<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">fid\u00e8le, on distinguait une femme en train de s\u2019installer pour la nuit dans sa voiture gar\u00e9e au second sous-sol d\u2019un immeuble du XVI eme arrondissement. Son appartement \u00e9tait devenu invivable apr\u00e8s l\u2019installation \u00e0 proximit\u00e9 d\u2019une nouvelle antenne et d\u2019un compteur \u00ab communicant \u00bb. Le r\u00e9pit de la nuit, c\u2019\u00e9tait le graal de la survie, la qu\u00eate n\u00e9cessaire pour passer des journ\u00e9es vivables, cesser de \u00ab griller \u00bb &#8211; griller, un verbe courant pour d\u00e9signer l\u2019\u00e9tat int\u00e9rieur d\u2019un EHS. Pierre, lui, grand gaillard, errait dans sa voiture tout terrain depuis qu\u2019une seconde antenne avait \u00e9t\u00e9 plant\u00e9e face \u00e0 sa maison. Un ami l\u2019autorisait \u00e0 r\u00e9sider sur un terrain encore plus \u00e0 l\u2019\u00e9cart, autrement dit \u00e0 y garer la voiture dans laquelle il r\u00e9sidait. Mais les chasseurs et leurs chiens \u00e9quip\u00e9s de balises le perturbaient bien avant l\u2019aurore. Le reporter avait camp\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son v\u00e9hicule. Pour voir. Une nuit d\u2019automne comme une autre. La photo le montrait se lever pour allumer son petit r\u00e9chaud \u00e0 gaz et se refaire une bouillotte pour la seconde partie de la nuit. \u00ab C\u00e9nesth\u00e9sie des ondes \u00bb \u00e9tait une enqu\u00eate d\u2019autant plus remarquable que la population devenue EHS est le plus souvent invisible, oubli\u00e9e, ignor\u00e9e, avec laquelle il est difficile d\u2019entrer en contact, faute de t\u00e9l\u00e9phonie ou d\u2019adresse. Les furtifs, ainsi pourrait-on aussi les appeler. J\u2019appris en passant que la c\u00e9nesth\u00e9sie \u00e9tait \u00ab <i>l\u2019ensemble des sensations en provenance de nos organes <\/i>\u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je suivis un moment la balade didactique du guide des ondes. L\u2019immense baie vitr\u00e9e donnant sur les jardins du Trocad\u00e9ro \u00e9tait obtur\u00e9e par un simple tissu protecteur blanch\u00e2tre. Le textile avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019application d\u2019un film sur les vitres, une question d\u2019ambiance et de r\u00e9versibilit\u00e9 de l\u2019installation indiqua le guide plut\u00f4t doctement. De m\u00eame sous la verri\u00e8re qui surplombe l\u2019atrium. Dans cette vaste zone dite \u00ab grise \u00bb ou \u00e0 \u00ab impact limit\u00e9 \u00bb, les dispositifs sans fil avaient \u00e9t\u00e9 coup\u00e9s ou remplac\u00e9s par des liaisons filaires blind\u00e9es, tout comme les quelques \u00e9crans. Ceci faisait bien s\u00fbr partie de l\u2019exposition tout comme la l\u00e9g\u00e8re atmosph\u00e8re de chantier non termin\u00e9 dans laquelle les visiteurs baignaient, comme pour partager les n\u00e9cessit\u00e9s<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">des populations EHS. L\u2019invisible \u00e9lectrosmog se manifestait \u00e0 notre regard m\u00eame lorsqu\u2019on n\u2019y \u00e9tait manifestement pas sensible au point de d\u00e9velopper les sympt\u00f4mes.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Des sculptures de personnages de grandeur r\u00e9elle occupaient le terrain ici et l\u00e0. Elles illustraient l\u2019impossibilit\u00e9 de vivre quelque part au milieu de l\u2019\u00e9lectrosmog lorsque le point de saturation est atteint \u2013 point qui d\u00e9pend, semble-t-il, du terrain psycho-physiologique particulier \u00e0 chaque personne. La rencontre \u00e9tait frontale. Connue pour ses terres sculpt\u00e9es de peuples nomades dont on ne savait s\u2019ils appartenaient \u00e0 notre pass\u00e9 ou s\u2019ils figuraient notre avenir, Fanny Ferr\u00e9 avait peupl\u00e9 la Galerie de l\u2019Homme de migrants des ondes. Le souffle \u00e9pique de personnages \u00e0 la beaut\u00e9 primitive et aux gestes \u00e9ternels, typique de son oeuvre, avaient \u00e9t\u00e9 transmis \u00e0 ces femmes et \u00e0 ces hommes, isol\u00e9s ou group\u00e9s par deux ou trois, simplement drap\u00e9s de protections anti-ondes figur\u00e9es par une terre plus claire que les parties non camoufl\u00e9es. Leurs tenues leur collaient naturellement \u00e0 la peau. Ces personnages ployaient comme si les radiations leur temp\u00eataient dessus, mais on pouvait sentir \u00e0 leur visage et \u00e0 leur mouvement d\u00e9termin\u00e9 leur volont\u00e9 de s\u2019en sortir, d\u2019atteindre un lieu o\u00f9 l\u2019existence serait possible. L\u2019un d\u2019eux, plus radieux et redress\u00e9 que les autres semblait avoir atteint le havre de la paix. D\u2019un geste triomphant et lib\u00e9rateur, Il montrait aux autres l\u2019endroit. \u00ab Errance HS \u00bb \u00e9tait le nom donn\u00e9 \u00e0 ce travail par les cr\u00e9ateurs de l&rsquo;exposition. <\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je traversai ponctuellement la vaste yourte, zone la plus libre de radiations. Une sorte de chapelle de l\u2019\u00e9tat de nature. Un d\u00e9fil\u00e9 de mannequins s\u2019y tenait. Coiffes, v\u00eatements, accessoires, combinaisons de la marque Swiss Shield \u2013 \u00ab <i>la solution efficace pour une haute protection contre l\u2019exposition aux radiations \u00e9lectromagn\u00e9tiques <\/i>\u00bb. La marque suisse avait travaill\u00e9 pour enjoliver non seulement la texture de ses toiles high tech tiss\u00e9es de micro-fils d\u2019argent et de cuivre recouverts de polyur\u00e9thane et doubl\u00e9es d\u2019\u00e9toffes fines en coton et en lin mais aussi en faisant du stylisme. \u00c0 mesure que la population EHS augmentait, il fallait bien se montrer en soci\u00e9t\u00e9, sans avoir l\u2019air ni d\u2019\u00e9trangers en provenance d\u2019autres mondes, ni d\u2019un apiculteur islamiste int\u00e9griste. La soci\u00e9t\u00e9 suisse n\u2019\u00e9tait ni en trop avance ni en retard, tout juste l\u00e9g\u00e8rement avant l\u2019heure des foules, si toutefois les foules allaient se montrer preneuses. D\u00e8s lors, les tarifs relevaient du pr\u00eat-\u00e0-porter haut de gamme voire de la haute couture. On ne pouvait s\u2019\u00e9quiper d\u2019une coiffe belle et efficace \u00e0 moins de 200 ou 300 euros, et cela montait jusqu\u2019\u00e0 700 ou 800 euros. Autant dire le bout du monde pour de nombreuses personnes qui ne pouvaient plus travailler. Comme souvent les plus riches \u00e9taient les plus \u00e0 m\u00eame de se prot\u00e9ger des m\u00e9faits auxquels ils contribuaient le plus activement et, ainsi, en un sens, les perp\u00e9tuer.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Alors que je m\u2019appr\u00eatais \u00e0 quitter le sanctuaire, un couple de mannequins en petite tenue traversa l\u2019espace. Swiss Shield proposait une protection \u00e9lectromagn\u00e9tique des parties intimes.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il fallait bien penser malgr\u00e9 tout \u00e0 la qualit\u00e9 de notre reproduction et de notre \u00e9volution. La firme suisse proposait aussi une gamme protectrice pour la maison, des lits \u00e0 baldaquin aux tapis de mise \u00e0 la terre en passant par le linge de nuit et la literie. Un espace \u00e9tait d\u2019ailleurs consacr\u00e9 \u00e0 la d\u00e9monstration de mat\u00e9riels et dispositifs de protection. Avec un bon capital, on pouvait se blinder, blinder son chez soi, sa voiture, on pouvait blinder sa vie, se mettre sous bulle, s\u00e9par\u00e9 de toute nature. Je me demandai alors si nous allions tous devenir des astronautes immobiles \u00e0 notre domicile, la terre.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je voulais d\u00e9couvrir le travail de la plasticienne Victoria Niki montr\u00e9 dans la zone des salles coffr\u00e9es.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab G\u00e9onomie des ondes \u00bb donnait \u00e0 voir sur les territoires les champs \u00e9lectromagn\u00e9tiques (CEM) g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les antennes relais. Elle avait plaqu\u00e9 des images de ces champs &#8211; probablement obtenues aupr\u00e8s d\u2019un fabricant d\u2019appareillage \u00e9lectronique comme Microwave Vision ou d\u2019op\u00e9rateurs en radiocommunications &#8211; sur les cartes IGN correspondantes. Malgr\u00e9 la part d\u2019impr\u00e9cision, \u2013 les CEM sont mouvants comme des nuages qui tourneraient de mani\u00e8re plus ou moins al\u00e9atoire dans un espace d\u00e9limit\u00e9 et certains dispositifs balayent l\u2019espace \u2013 c\u2019\u00e9tait spectaculaire : voir la couverture g\u00e9ographique des ondes et voir quelles sortes d\u2019anfractuosit\u00e9s des territoires ou derri\u00e8res de collines y \u00e9chappaient.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les zones \u00e0 courbe de niveau rapproch\u00e9es pouvaient \u00eatre int\u00e9gralement couvertes ou rester des immacul\u00e9es \u00e9lectromagn\u00e9tiques. Du noir le plus sombre au blanc le plus clair, son nuancier entrem\u00ealant les courbes territoriales \u00e0 celles des champs \u00e9lectromagn\u00e9tiques stimulait dr\u00f4lement le regard avant m\u00eame qu&rsquo;on s&rsquo;impr\u00e8gne de sa signification. Alors que la strat\u00e9gie officielle en \u00e9tait encore \u00e0 l\u2019\u00e9radication de toutes les zones blanches, les dirigeants des op\u00e9rateurs en radiocommunications auraient r\u00eav\u00e9 de d\u00e9corer leurs <i>war rooms <\/i>avec ces cr\u00e9ations graphiques qui pouvaient \u00eatre, selon le regard, des cibles \u00e0 atteindre ou des zones de paix \u00e0 garder secr\u00e8tes. Une autre partie de l\u2019oeuvre de repr\u00e9sentation graphique des ondes provenait de l\u2019analyse de documents \u00e9tablis par des EHS en ville. Ces personnes restaient cloitr\u00e9es la plupart du temps dans leur habitat am\u00e9nag\u00e9, bricol\u00e9, mais certaines \u00e9taient parvenues \u00e0 se cr\u00e9er un cheminement pi\u00e9tonnier passable, dans la ville. Le moins mauvais des parcours possibles, ne serait-ce que pour s\u2019a\u00e9rer et faire des courses, pour celles et ceux qui pouvaient encore ou \u00e0 nouveau entrer dans des magasins. \u00c0 partir de ces cheminements, rendus visibles par la coloration des rues sur les plans des villes, Victoria Niki avait dessin\u00e9 par-dessus les champs \u00e9lectromagn\u00e9tiques, ici du WI-FI de La Poste ou de P\u00f4le Emploi, l\u00e0 d\u2019une antenne de rue trop expos\u00e9e. On prenait ainsi conscience du criblage \u00e9lectromagn\u00e9tique urbain et on comprenait que se frayer un chemin \u00e9tait une \u00e9preuve de survivaliste.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Peu apr\u00e8s ma visite, le mus\u00e9e fut le th\u00e9\u00e2tre d\u2019\u00e9v\u00e9nements inattendus. Mon reportage sur l&rsquo;exposition fut alors repouss\u00e9 au profit d&rsquo;une information \u00e0 chaud parue dans <i>La Nouvelle Commune <\/i>du 11 d\u00e9cembre. Je reproduis ici l&rsquo;article.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Le Mus\u00e9e de l\u2019Homme pris d\u2019assaut par des r\u00e9fugi\u00e9s des ondes<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Mardi apr\u00e8s-midi, des \u00c9lectroHyperSensibles ont afflu\u00e9 vers le Mus\u00e9e de l\u2019Homme, venant des campagnes et des villes de tout le pays avant de se r\u00e9fugier dans le sanctuaire sans radiations \u00e9lectromagn\u00e9tiques situ\u00e9 au coeur du Mus\u00e9e.<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Exposition Zone Blanche, qui se tient actuellement au Mus\u00e9e de l\u2019Homme, connait un afflux inattendu de visiteurs-squatteurs. Pr\u00e8s de 140 personnes EHS. Certaines ont mis jusqu&rsquo;\u00e0 trois jours pour venir, roulant la nuit sur des petites routes, se reposant le jour en for\u00eat ou dans des replis naturellement abrit\u00e9s. D\u2019autres viennent de Paris m\u00eame, quittant leurs appartements bunker anti-ondes. Que cherchent-ils ? \u00c0 bouts de nerfs et de forces, malingres pour la plupart, ils sont l\u00e0 pour exprimer leur col\u00e8re face \u00e0 l\u2019incurie des pouvoirs publics. L\u2019association Robin des Toits \u00e9voque une \u00ab <i>pand\u00e9mie \u00e9lectromagn\u00e9tique <\/i>\u00bb. Les associations de d\u00e9fense (Terre et Coeur d\u2019EHS, Poem26, AZB\u2026), les collectifs Sant\u00e9 sans ondes et 1815 exigent le maintien ou la cr\u00e9ation imm\u00e9diate d\u2019au moins une zone blanche dans chaque d\u00e9partement et le droit d\u2019y construire des habitats l\u00e9gers. La Fondation Abb\u00e9 Pierre s\u2019associe \u00e0 ce happening et sollicite des subventions pour blinder les habitats. Le collectif EHS au Mus\u00e9e de l\u2019Homme demande dans sa lettre aux pouvoirs publics de r\u00e9duire partout \u00e0 0,2 v\/m le niveau d&rsquo;exposition \u00e9lectromagn\u00e9tique. La ligue pour l\u2019\u00c9cologie des Ondes (LEO) milite pour la refonte des syst\u00e8mes de communications sans la main mise exclusive des ing\u00e9nieurs et au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019implication des m\u00e9decins et biologistes comp\u00e9tents. Que cesse ce sabordage du vivant &#8211; \u00eatres humains, animaux, plantes &#8211; perp\u00e9tr\u00e9 au nom de l\u2019efficacit\u00e9 et du d\u00e9veloppement \u00e9conomique.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les EHS les plus atteints sont regroup\u00e9s au sein du sanctuaire du mus\u00e9e, fabriqu\u00e9 pour l\u2019exposition. Ils soufflent, respirent, se d\u00e9tendent et manifestent leur intention de rester l\u00e0. La Commissaire de l\u2019exposition, Anne l\u2019\u00c9peautre, les soutient. Selon elle, le Mus\u00e9e de l\u2019Homme \u00ab <i>peut contribuer \u00e0 changer le regard de l\u2019homme sur ce qu\u2019il fait <\/i>\u00bb. Sylvain La Martre, le directeur, souhaite, lui, une \u00e9vacuation, \u00e9voquant \u00ab <i>le droit du public \u00e0 visiter sans entrave <\/i>\u00bb. Le collectif EHS au Mus\u00e9e de l\u2019Homme se dit pr\u00eat \u00e0 accueillir et \u00e0 informer le public. Une logistique alimentaire sp\u00e9ciale est mise en place. Swiss Shield annonce offrir 140 v\u00eatements de nuit.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"left\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Des esprits pro-ondes se demandent sur les r\u00e9seaux si ce blocus du Mus\u00e9e de l\u2019Homme ne fait pas partie de l\u2019exposition, une sorte de putsch artistico-citoyen en sorte d\u2019attirer les foules au Mus\u00e9e. Exposition Zone Blanche est en effet une premi\u00e8re dans le monde. Paris ville politique de l\u2019homme reprend du poil de la b\u00eate. Observer les visages des EHS, \u00e9couter leurs t\u00e9moignages suffit pourtant \u00e0 se convaincre que le drame qui se joue l\u00e0 n\u2019est pas qu\u2019une vaine mise en sc\u00e8ne. Mais encore faut-il descendre sur le terrain, aller \u00e0 leur rencontre.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Essai EZB \u00e0 lire ici : <\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/www.robindestoits.org\/attachment\/2373638\/\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">https:\/\/www.robindestoits.org\/attachment\/2373638\/<\/span><\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une docu-fiction<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-9822","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/collectif-accad.fr\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9822","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/collectif-accad.fr\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/collectif-accad.fr\/site\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/collectif-accad.fr\/site\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/collectif-accad.fr\/site\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9822"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/collectif-accad.fr\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9822\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9823,"href":"https:\/\/collectif-accad.fr\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9822\/revisions\/9823"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/collectif-accad.fr\/site\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9822"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/collectif-accad.fr\/site\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9822"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/collectif-accad.fr\/site\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9822"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}